Archives mensuelles : mai 2010

L’ART, nourritures spirituelles ou restauration rapide

Café philo vendredi 28 mai,
“L’art : nourritures spirituelles ou restauration rapide”
par Patricia Roussel.
à 18h30 au café “Le Louvre”, place de la Bouquerie – 84400 Apt

Le texte de Patricia ROUSSEL :

Je vais tenter d’écailler un peu le vernis qui protège l’ART CONTEMPORAIN, son aspect intouchable.
Ma motivation par rapport à cette prise de parole aujourd’hui est de défendre l’art du sensible, aussi, je voudrais commencer par exprimer des sentiments.
J’ai longtemps eu l’impression confuse  que le café philo n’était pas le lieu où je pouvais parler, bien que ce que j’entendais là m’intéresse beaucoup.
J’ai conscience que ma pensée était ligotée par mes affects.
Aujourd’hui, que ma pensée se désenglue un peu, j’en profite pour m’exprimer.
Mais est ce parce que je suis une femme, ma pensée prend sa source dans ce que je vis.

Ça fait longtemps que j’ai le sentiment, quand je rentre dans une exposition d’art contemporain, qu’il fait très froid et que je vais mourir de faim, mon corps réagit.
J’ai  été plongée dans le doute pendant longtemps en tant que peintre, en tant qu’enseignante d’art, et en tant qu’être humain.  Je ne devait rien comprendre, être bête puisque autant de gens se prosternaient devant les icônes de l’art contemporain et que je ne ressentais rien d’autre qu’un malaise. Et je ne voulais d’autant moins comprendre que l’idée d’approcher l’art par l’intellect me frigorifiait.
J’avais quand même réussi à comprendre une chose, c’est que c’était complètement ringard et hors propos, de vouloir ressentir quelque chose de l’ordre d’une vibration, d’une présence  humaine.
Et alors là, ça va plus loin encore : si je ressens un malaise, des spécialistes de l’art pourront se pencher sur mon cas et me rassurer en me disant : tu es devant l’Art qui Dérange, donc, ton malaise  répond tout à fait au programme.
Le Programme de l’art contemporain, c’est donc détrôner la Beauté, s’en libérer au bénéfice d’autres valeurs : la critique, la dérision, la provocation .C’est l’art qui dérange

Je voudrais donner un éclairage particulier sur l’origine de l’art officiel actuel. Cette origine, je la situe en 1916, quand Marcel Duchamp, peintre, expose à New York un urinoir et que l’avant-garde new-yorkaise s’empare du geste et de l’objet pour en faire une œuvre d’art.

Cela va marquer une rupture avec toutes les formes d’art traditionnelles.

Le problème, pour Duchamp, c’est que l’urinoir va entrer au musée et devenir icône, et en se multipliant par 20 pour trôner dans différents musées des pays industrialisés, il passe de la légende au logo.
Aussi, en 1962, il déclare, désabusé, «  Je leur jetais le porte bouteille et l’urinoir à la tête, comme un défi, et maintenant ils les admirent pour leur beauté esthétique. ». L’art critique, devenue critère esthétique, va faire école.

Il déclare : « Si un génie quelconque, habitait au cœur de l’Afrique, et qu’il fasse tous les jours des tableaux extraordinaires, sans que personne ne les voie, il n’existerai pas. Autrement dit, l’artiste n’existe que si on le connaît. Par conséquent, on peut envisager l’existence de 100 000 génies qui se suicident, ou qui se tuent, qui disparaissent parce qu’ils n’ont pas su faire ce qu’il fallait pour se faire connaître, pour s’imposer,  pour connaître la gloire. »
C’est sûr, qu’il a su s’imposer pour connaître la gloire avec provocation, mais on peut penser que cela lui a coûté très cher, puisque il n’a plus peint par la suite.

Si on essaie de regarder un peu dans les coulisses de ce moment très particulier de l’histoire de l’art, si l’on éclaire un peu plus les faits sous l’angle des affects, on peut comprendre aussi que notre art occidental s’est structuré à partir de la castration d’un peintre.

Au dire de certains peintres qui l’ont connu, je citerai le peintre Léonardo Crémonini, « C’est quelqu’un qui regardait la peinture avec libido, ça je peux le dire parce que je l’ai vérifié. Duchamp portait  une attention amoureuse à la peinture. Il a peint des tableaux magnifiques.

La pissotière, sort des Demoiselles d’Avignon, par une rage de Duchamp contre le succès de Picasso. Duchamp détestait Picasso. Il trouvait que le succès qu’on lui attribuait était l’image d’une société idiote. Donc à cette société idiote, on peut très bien donner une pissotière. Le fait qu’à partir de là, il se soit refusé à peindre, avec le talent qu’il avait, c’est un geste très lourd.  »

Alors, c’est sûr, si l’on regarde les choses sous cet angle, on peut se dire que ça fait longtemps, maintenant, que des gens se prosternent devant le geste de Duchamp et les créateurs issue de son école parce qu’une avant garde éclairée a décidé que c’était de l’art. Alors qu’il ne s’agit que d’un mauvais thriller genre  « je- vais- te- crever-Picasso-si-la tienne-est-plus-longue-que-la-mienne. Je ne sais pas où est l’art, là dedans,
J’y vois surtout une recherche de pouvoir.
L’exposition de ready made a crée une idéologie   l’idée que les regardeurs sont des créateurs d’œuvres d’art, et puis de là, on a glissé vers : tout-le monde-est–artiste-et-peut-s’exprimer-librement, et, vers :tout-est-art. On appelle cet effet : démocratisation de l’art.
La valeur de l’apprentissage, du savoir faire, de la maturation dans le travail, de la recherche profonde n’as plus cours.

On fait de l’art sans être un artiste. On fait de la provocation et, de fait on est artiste, on entre en Résistance et là dans cette posture, c’est forcément de l’art qu’on fait, aujourd’hui. Je me suis surprise, il y a quelque temps, à reprendre une amie qui me présentait a des personnes en disant « voici, Patricia qui fait de la peinture ».
J’ai dit, et j’était très étonnée : « Non, je ne fais pas de la peinture, je suis peintre »
Vouloir être résistant, vouloir être provocant, c’est, à mon avis, pour un artiste, des preuves de dépendance au regard de l’autre, le public.
Si l’on regarde, les impressionnistes, qui ont apporté une révolution dans la façon de voir le monde, mais encore plus dans la manière de l’appréhender, de le ressentir, je pense que leur souci premier, n’était pas de révolutionner, ni de tuer ce qui prédominait en matière d’art, bien qu’ils s’en révoltent, mais de trouver leur liberté en tant qu’artiste dans les limites qu’ils s’étaient imposés, à savoir : tenter l’insaisissable ; la fugacité de la lumière.
Ils ont construit.
J’ai l’impression que le plus important aujourd’hui, c’est de détruire de s’opposer de dire non.
Serions nous dans une société sans perspective qui n’en finit pas de vouloir tuer le père, de dire NON ?
Je me sens aujourd’hui dubitative par rapport au vide, au trou, créé par l’art critique.

L’artiste est, à mon avis, beaucoup plus subversif dans ses propositions artistiques esthétiques, que dans une posture d’art avant tout critique.

Anton Tapies disait déjà en 1966 « la forme artistique actuellement prédominante est un art critique, un art caricature. Il est certes important qu’un tel art existe, mais malheureusement cet art est devenu peu à peu banal, répétitif, facile .L’œuvre pour être complète doit aussi malgré les difficultés que cela représente, aller au fond des choses. Elle doit poser les jalons d’une nouvelle connaissance, d’une connaissance philosophique et éthique violente, capable de donner à notre monde un sens nouveau. »

Il dit aussi précédemment,  « Je cherche une couleur dramatique, profonde, capable d’exprimer des valeurs essentielles. Il faut retrouver la véritable couleur du monde, lorsqu’il n’est pas dénaturé par la banalité publicitaire. La couleur n’existe pas en soi. J’ai besoin d’une couleur intérieure. »

A cette époque là une icône de l’industrie de l’art est née : Andy Warhol dans un cheminement totalement à l’opposé de celui d’Anton Tapies. Andy Warhol, avant d’inventer sa machine à faire des tableaux avec la technique du report- photo sérigraphique, avant de créer son usine à faire de l’Art en confiant la réalisation de ses tableaux à ses assistants a commencé à travailler à partir de publicités calquées. Il dit « les machines ont moins de problèmes. Je voudrais être une machine. Je ne veux pas être mêlé à la vie des autres. Je ne veux pas m’en approcher de trop prés…….. Je n’aime pas toucher les choses. C’est pourquoi mon œuvre est si loin de moi-même. »

Andy Warhol veut être artiste peintre, pour cela il reproduit des publicités sur châssis entoilés
Il veut être pop, aussi il choisit de reproduire ce qu’il aime. «  Mon repas préféré c’est la soupe de tomate de chez Campbell’s. J’ai fait des tableaux de billets de banque. L’argent est ce que j’aime le plus au monde. » « Ce qui est formidable dans ce pays, c’est que les plus riches achètent les mêmes choses. Le président des Etats-Unis boit du Coca, Liz Taylor boit du Coca, et, rendez vous compte, vous aussi, vous pouvez boire du Coca. Aucune somme d’argent ne vous donnera un meilleur Coca que celui que boit le clodo au coin de la rue. Tous les Coca sont pareils et tous les Coca sont bons »

Andy Warhol eut une tentative de « se rapprocher de lui-même » quand il travaillait à la reproduction de bouteilles de Coca cola à partir d’affiches.
Il fit venir dans son atelier, deux messieurs de l’avant-garde branchée, cinéaste et galeriste, pour leur demander leur avis sur 2 œuvres qu’il venait de réaliser au calque l’une avec bouteille de Coca, l’autre avec bouteille de Coca-et-dégoulinure de peinture, expression d’une possible subjectivité, d’un possible frémissement.
Le cinéaste s’écrit « l’une est nulle », en montrant la dégoulinade, « l’autre est remarquable. C’est notre société, c’est ce que nous sommes, elle est absolument superbe et vrai. » Le galeriste préfère aussi la version froide, « sans fioritures »

« Aujourd’hui, déclare Ben, l’artiste qui travaille seul dans son atelier, c’est dépassé » .Il décide de multiplier les pains, de concevoir l’Art à la portée de tous.Il inonde le marché de la papeterie, de classeurs, trousses et agenda pour la jeunesse,  qui vont  apporter sa bonne parole signée Ben dans les foyers.

Rester prés de la jeunesse par le succès du produit, c’est rester jeune, quoi de plus excitant pour un adolescent attardé, figé dans la sauce de son succès. Les média fabriquent la culture, la culture fabrique l’Education.

Je voudrais parler un peu en tant qu’enseignante d’art, pas encore très éloignée de cette pratique. J’ai vu arriver depuis un certain nombre d’années dans le lycée où je travaillais, des jeunes professeurs nourris dans leur formation à un enseignement uniquement théorique. Certains avaient pratiqué la peinture en dehors de leur formation d’enseignant, certains l’avaient abandonné pour la vidéo, d’autres décidaient de prendre des cours de peinture en privé et je ressentais dans tout cela, une recherche de sens. Non pas que moi vieux prof, ayant une pratique longue de la peinture, j’ai toujours trouvé un sens à mon enseignement.
Les dernières années, j’ai presque baissé les bras devant l’incompréhension de certains élèves face à  ma demande d’essayer d’approcher leur maladresse et, à travers cette maladresse, approcher leur sensibilité avec le crayon au bout de la main, plutôt que d’aller chercher le calque à reproduire, ou de se précipiter sur Internet pour trouver la forme toute faite. Et puis, de plus en plus d’élèves qui s’étonnent, quand ils me demandent comment on « fabrique » telle matière, sur un tableau de Gustav Klimt que je leur montre en image, et que ma réponse est « Je ne sais pas, il y a sans doute beaucoup de travail en amont, une recherche vers sa sensibilité profonde, en rapport direct avec les gestes de sa main qui sont devenus son vocabulaire en peinture »
Je lis dans le regard de certains, que je suis une prof nulle, puisque je ne connais pas la recette de fabrication.A quoi je sers ?
La première chose qu’a faite la jeune prof qui m’a remplacé en prenant ses fonctions, a été de faire une commande de plusieurs ordinateurs, pour qu’en quelques clics, les élèves puissent avoir l’impression de réussite avec une image qui aura de la gueule, du Fun.
Voici comment  nous glissons vers la submersion de l’image, comment l’aveuglement sur la peinture devient total, et comment nous nous éloignons de l’expression du sensible.

Je ne nie pas, bien sûr, le talent de certains artistes, qui se servent de l’image, vidéastes, net graphistes, concepteurs publicitaires, metteurs en scène, mais il me semble qu’il y  a une dérive profonde avec l’image dans la société industrielle, qui s’étend maintenant à des pays, dont les fondations étaient surtout spirituelles, cette dérive c’est la tyrannie du paraître, au détriment de la recherche de l’être.
Paraître jeune au détriment d’être vivant, paraître riche au détriment de rechercher le trésor d’humanité en chacun de nous, paraître puissant en achetant une marque puissante au lieu de se rapprocher des peurs qui sont en nous, les reconnaître pour s’en libérer.

Le paradoxe de cette société de l’image qui voudrait se soigner par la surconsommation d’images et d’objets, c’est qu’elle prétend aussi la lisibilité de l’âme, mais dans le tout montrer, tout dire, rendre tout transparent, tout spectacle à sensation pour essayer possiblement  d’éveiller le public à une conscience. Mais laquelle ?

Je pense à la télé réalité, à Loft story, je pense à Sophie Calle, artiste de l’avant-garde, qui a fait de sa vie une œuvre d’art, parait il.
Sa dernière œuvre : Demander à sa mère agonisante, si elle accepte de se laisser filmer jusqu’à sa mort.
Je me pose la question, en parlant du contenu de cette oeuvre : est ce que dans cette œuvre, l’art est dans la manière de demander à sa mère un chose aussi intime, ou dans la performance de fabriquer un film « qui dérange »,

Le paradoxe actuel, est dans à la fois le besoin de consommation  et le désir de nourriture  authentique, en art comme dans la vie.
En art, au début de l’industrialisation quand Picasso accouchait du Cubisme qui allait ouvrir la porte à l’objet, et à l’art conceptuel, en même temps  il se tournait  vers les arts primitifs, les masques africains pour y puiser son inspiration. Lui et d’autres.

Depuis, l’envahissement de l’art du monde industriel, où l’art est devenu lui même industrie, un équilibre se cherche, d’autant plus fort dans la valorisation de l’art Africain, des arts primitifs.
Cette recherche d’authenticité est bien sûr souvent récupérée en devenant un effet « tendance » dans certaines galeries branchées à Paris.
C’est récupéré aussi, par Di Rosa, sculpteur, qui donne à faire à des gens (je ne sais pas s’il les nomme artistes ou artisans)  vivant dans des pays non industrialisés (Afrique et autres îles océaniennes) des sculptures dont il a dessiné la forme.
Ses dessins sont des caricatures d’art primitif sans aucune expression.
Toute la beauté est crée par la main sensible des artisans locaux, dans le travail du bois et dans l’inclusion de métal. C’est signé Di Rosa.
J’ai le sentiment  que le contre pouvoir aujourd’hui à l’art issue de l’industrie
C’est l’art primitif.

Je me sens personnellement, affamée d’un art qui retrouve du sens, qui relie les gens.
Alors, bien sûr, à l’heure actuelle, la culture rassemble, recréant la forme des rituels qui manquent tant à notre société de consommation d’objets. Des processions se forment devant les musées où les média ont annoncé ce qu’il fallait regarder, à Versailles où les bouées de sauvetage de Koontz si décalées qu’elles ne parviendront, j’en suis sûre qu’à divertir d’un naufrage par leur côté Fun.

J’ouvre une parenthèse par rapport à la société du spectacle. Un jour, j’ai pris conscience, que mon travail d’artiste n’était pas d’utilité publique, beaucoup de temps après avoir vu à la télé, les manifestations d’intermittents du
spectacle revendiquant pour leur statut.

Je me suis dit, les plasticiens n’avaient jamais pensé revendiquer des revenus pour les expos qu’il avait faites .J’avais toujours pensé qu’il fallait que j’ai un métier,un vrai, en dehors de mon métier de peintre qui ne me faisait pas vivre. De plus j’ai la plus part du temps payé pour montrer mon travail.  Normal !  Puisque je n’étais pas d’utilité publique.

Sauf qu’aujourd’hui, je me sens d’utilité publique. Et contrairement à ce que disait Duchamp, à savoir q’un artiste et son œuvre n’existent pas en dehors du succès et du regard des autres, je pense qu’un artiste qui travaille avec sa sensibilité comme outil et qui parvient à se libérer de la course au  succès, travaille d’autant plus à faire changer le monde.

L’art critique, je l’espère va s’essouffler dans une société trop individualiste, malade de la peur de l’autre.
L’Art qui dérange a pour mission d’ouvrir les yeux au public, les aider à prendre conscience de leur oppression, du fait qu’ils sont soumis au pouvoir.
Je veux dire aujourd’hui où je parviens enfin à parler, à quel point je me suis sentie écrasée par le poids de l’autorité officielle. Là où moi je lisais une imposture, l’autorité du savoir me disait : « c’est l’ART, c’est l’éthique du monde actuel, prosternes toi ! »
Quand mes élèves me disaient «  oh madame les artistes y se font plein de fric en faisant des choses que moi je peux faire, tellement c’est nul ! », j’étais, les dernières années loin de penser : vous n’y comprenez rien, je vais vous expliquer. Je me sentais impuissante, d’autant plus que je les sentais prêts à acheter  les classeurs et les trousses de Ben.

Je repense souvent, à ces paroles, d’anciens déportés des camps de concentration, Bruno Bettelheim et bien d’autres, qui avaient survécus en s’accrochant à des textes poétiques.
Je pense plus particulièrement à la nièce de De Gaulle qui, disait elle, s’était raccrochée au désir de vivre en pensant à certains poèmes de Paul Valérie et à certains tableaux Matisse.

Ce que j’avais entendu là, fût un choc. L’art pouvait avoir ce pouvoir : Ramener les gens à la vie, leur donner l’espoir en les reliant à une universalité permettant de garder confiance en l’homme.

Je pense aux peintures rupestres et à la naissance de cette émouvante nécessité pour l’homme, dans un monde si violent de laisser la marque  sensible de sa main. Et pour que ces dessins accompagnant des rituels puissent  permettre aux hommes  de s’ancrer dans le Réel  plutôt que de s’en distraire.

Patricia ROUSSEL

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Café Philo du vendredi 28 mai

Café Philo du vendredi 28 mai
Animé par Philippe Mengue

le café philo sera présenté le vendredi 28 mai,

sur le thème :

« L’art : nourritures spirituelles ou restauration rapide »

par Patricia Roussel.

à 18h30 au café “Le Louvre”, place de la Bouquerie – 84400 Apt

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COMPTE RENDU DU CAFÉ-PHILO DU 12 MAI 2010

Café philo du mercredi 12 mai au Grégoire portant sur LE JAZZ EUROPEEN PEUT-IL TUER LE « PÈRE » ?

Le compte rendu de J. Martin Videcoq :
http://seulsdanslecosmos.hautetfort.com

Le compte rendu de P. Mengue

Invités :
Armand Meignan – directeur-fondateur de l’Europajazz au Mans, président de l’Afijma (association des festivals innovants en jazz et musiques actuelles), directeur artistique des RDV de l’Erdre à Nantes
Jean-Alain Cayla – maire de Buoux, grand connaisseur du jazz
Philippe Porret – psychanalyste

Après une introduction très fournie, montrant l »existence et le dynamisme d »un jazz européen, la question s »est naturellement posée de savoir si ce dernier pouvait prendre la place du jazz américain. La question semblait tranchée pour Armand Meignan, qui connaît la créativité contemporaine européenne et l »accueille dans ses festivals.

A travers de nopbreuses interventions souvent très érudites et pertinentes il est apparu qu »il fallait se mettre d »accord, cependant, sur ce que l »on entendait pas Jazz, puisqu »il était possible que dans le prolongement du jazz américain on ait affaire à une création originale et nouvelle qui n »entretienne plus avec le jazz qu »une ressemblance superficielle.

Jean -Alain Cayla a alors proposé trois critères ou traits caractéristiques:

1)le swing

2)improvisation,

3)des standards qui font référence et que l »on peut reprendre dans une variation et qui font lien, écho.

Alors, par rapport à ces trois critères, doit-on parler de rupture (meurtre) ou de continuité ?

Philippe Porret rappelle que pour Freud il y a comme deux modèles de « meurtre du père ». Le problème qu »il se pose, à travers la paternité est celui du lien social. 1) le faux, celui du despote de la horde primitive, dont le meurtre ne fait pas lien si celui qui le tue prend simplement sa place pour faire ce qu »il faisait auparavant. 2° Il faut, pour que le meurtre fasse lien, que les fils en tuant le père, s »engage à laisser la place vide et se soude autour d »un interdit à respecter (interdit de l »inceste).

Appliqué à notre thème, la question fut de savoir si la substitution du jazz européen permettait d »aller plus loin, de faire autrement et de renouveler le jazz par des inventions propres, tout en conservant l »écho d »une souche ou un socle commun permettant de dire qu »on a affaire encore à du jazz. De nombreux exemples fournis par Armand et les participants, ont permis de voir la complexité et la nécessité de distinguer au cas par cas.

Dans la suite du débat on a pu mesurer le poids du trauma qu »a été l »esclavage dans l »histoire du jazz. Ph. Porret a parlé du « capital de douleurs » qu »il portait en lui, et que peut-être cette lointaine naissance a toujours été implicitement présente dans les nouvelles formes du jazz. On a pu aussi souligner combien l »histoire du jazz ressemblait à son style musical fait à la fois de déterritorialisation (de la terre africaine, puis d »Amérique ne Europe) et de reterritorialisation sur des codes, des standards, un style. D »un côté, celui de l »histoire, errance et greffe de sources musicales hétérogènes (sa source est elle-même faire d »une telle hétérogénéité, chant africain, instrument de musique européen, chant religieux chrétien, etc.) et, de l »autre, celui de la mélodie, on a des lignes musicales qui improvisent et se balancent, partent et reviennent, s »élancent dans des variations et des métissages, s »hybrident avec des musiques voisines …

Le concert du soir avec Christian Vander, au piano et à la voix, magnifique.

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