Archives mensuelles : juin 2011

Compte-rendu du Café philo du vendredi 27 mai

Compte-rendu du Café philo du vendredi 27 mai, “Sciences sans conscience … les scientifiques sont-ils tombés sur la tête ?” par Pascal Gehin.

Nous pouvons aujourd’hui affirmer que la terre tourne sur elle-même et autour d’une planète que nous appelons le soleil ;
Nous savons donner un âge à la terre ;

Nous connaissons, approximativement, la durée maximale d’existence que conserve cette planète (soit environ 4,5 milliards d’années) ;

Nous pouvons supposer  avec quelque raison que notre espèce n’a pas été créée ex-nihilo ;

Nous pouvons envisager les moyens, extérieurs à notre  propre action, par lesquels cette espèce pourrait prématurément disparaître  suite à la chute d’un météorite (assez aisément prédictible), à la rencontre avec une comète , à une bouffée de rayonnement gamma (actuellement imprévisible)…mais aussi en vertu de processus biologiques profonds tels que les organismes vivants atteignant un certain poids (mesurable en dizaines de kilogrammes) ne persistent guère que sur une durée mesurable ( tout au plus) en centaines de millions d’années, qu’une croissance démographique trop rapide paraît condamner toute espèce à une disparition brutale…

Nous pouvons, en bref, tenir des propos banaux, qui n’étonnent plus personne et qui, pourtant, nous auraient fait risquer le bûcher il y a à peine plus  il y a à peine moins de  quatre cent  ans ;  (rappelons que le procès de Galilée a été instruit par l’inquisition en 1633, dans la lignée de celui instruit contre Pierre ABELARD par le Concile de SOISSONS, soit en1140, avec comme élément substantiel d’accusation que cet homme voulait «  voir et connaître sans voile »).
Le travail des scientifiques, en tant que personnes recherchant la connaissance, a donc accru notre état de conscience individuel et collectif.

Les scientifiques nous ont également fait rêver, sur le thème de la possible éternité de notre espèce, sur la possibilité que nous aurions de quitter notre planète, notre système solaire, notre galaxie, d’explorer l’univers (dont nous avons aujourd’hui la quasi-certitude certitude qu’il nous restera inconnu .
Ils ont ouvert, à plus court terme, des pistes telles que la souffrance (sinon la maladie ou la mort) pourraient être éradiqués , des perspectives telles que la nourriture de chacun serait aisément assurée par la connaissance et la bonne gestion des ressources etc…

Le scientifique, tel qu’il était présenté dans les années de mon enfance,  avait donc l’aura d’un bienfaiteur de l’’humanité, censé nourrir une population d’hommes de plus en plus nombreuse (ce en allégeant pour chacun l’énergie qu’il devrait investir pour trouver sa nourriture), capable de nous permettre de vivre chacun plus longtemps  et en meilleure santé, capable in fine d’exporter,  certains d’entre nous,  hors d’un minuscule système stellaire directement dépendant  d’une étoile dont nous entrevoyons la fin.

Aujourd’hui les recherches dites « fondamentales « , dont on n’aperçoit pas l’effet sur notre vie quotidienne, ne nous donnent plus aucune certitude ;  les recherches dites « appliquées » sont aujourd’hui sources d’angoisses par leurs effets constatés.

Le savant fou est reconnu, y compris par les amis des sciences, comme un être éminemment agissant et ayant droit de cité…et ceci risque de ne pas s’arranger avec la perspective d’une traduction industrielle de la fusion nucléaire, avec les perspectives encore plus délirantes des chercheurs en Intelligence artificielle, s’investissant dans une possible amélioration des performances bio-technologiques de notre espèce, avec la mise en application (et nous y sommes tous confrontés ) des nanotechnologies,  avec le possible développement d’une « médecine ? » dite  génétique , certes génératrice de brevets, mais seulement fondée sur la  connaissance de 2% de gènes codants et  sur une quasi-ignorance de l’environnement de ces gènes (les gènes non codants étant qualifiés de détritus, les processus de traductions successives  entre l’A.R.N  messager,  l’A.R.N.  ribosomique et l’A.R.N. de transfert étant imparfaitement connus, l’environnement cytoplasmique étant carrément ignorés).

Le débat est aujourd’hui ouvert entre des courants de pensée que l’on présentera ci-après :

  • les partisans d’une science à la fois dure et appliquée, soumise de surcroît à l’obligation d’un résultat économique, se cantonnent  l’ application exacerbée de principes tels que
  • le rationalisme (lequel attribue au seul humain la capacité  de produire des pensées objectives, dans l’espace restreint que serait éventuellement notre cerveau, dans l’espace encore plus restreint que seraient les quelque cerveaux dotés d’une intelligence mathématique)
  • le réductionnisme, qui nous apprend que tout système peut être décrit comme la somme de ses parties, les quelles   peuvent le cas échéant être individuellement améliorées et ré-agencées à loisir,
  • le déterminisme qui prétend, entre autres, que notre connaissance de l’état initial d’un système peut  être assez   complète pour en prédire et en maîtriser l’évolution,
  • un principe de domination auto-légitimisé de l’humain, acquis de la tradition judéo-chrétienne, énonçant  que l’homme a pour pouvoir, sinon pour devoir de « dominer sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail,  sur toute la terre et sur tout les reptiles qui rampent sur la terre (voir le 26 ème verset du  livre de la Genèse),
  • un principe d’utilitarisme, qui veut que toute connaissance, aussi incomplète soit-elle, doive se transformer en actions  et avoir une portée économique, la meilleure recherche devenant de fait celle qui produit le plus grand bénéfice matériel, pour le plus grand nombre peut-être mais surtout pour les classes à un moment donné dirigeantes,
  • Les théoriciens du Chaos ou de la physique quantique, les philosophes des sciences tels que Miguel BENASAYAG, les écologistes dont la pensée est aujourd’hui politiquement reconnue,

ces  individus ne contestant pas fondamentalement la légitimité de la recherche scientifique, énoncent   néanmoins des principes  d’incertitude ( traductibles en principes de précaution)  ou de « non compossibilité »; ils ébranlent  donc fortement l’absolubilité des principes précédemment énoncés, et contestent tout état de cause  leur  prétention à garantir certains objectifs annoncés

  • Des hommes formés aux sciences dures tels que Monsieur Jean CHARON, ayant travaillé dans le domaine précis de la fusion nucléaire (base notamment du projet I.T.E.R. appellent à la réintroduction dans la démarche scientifique d’une  pensée intuitive et holistique.

Et ces personnes ne se réfèrent pas aux moindres auteurs puisqu’ils citent notamment  Isaac NEWTON (1642 – 1727), considéré comme un des pères du rationalisme, lequel écrivait en fait beaucoup plus sur l’alchimie que sur l’optique et la gravitation; lequel écrivait dans son traité d’optique  » je vous présente ici la lumière phénoménale qui apparaît et la lumière nouménale qui est esprit, qui n’est pas encore découverte mais qui joue un rôle essentiel dans le vivant ». 1

  • Enfin des Gourous de tous poils, faisant leur fond de commerce des excès de la science et de l’inquiétude que ces excès suscitent

nous révèlent aujourd’hui de nouvelles vérités auxquelles nous devions croire telles que :

  • l’âme de l’homme pèse trois grammes,
  • elle se situe précisément dans quelque mm3 d’endocarde ou de myocarde, auxquels quelques initiés auraient précisément  accès,
  • la fin du monde interviendra précisément le 21 décembre 2012 ….

Il apparaît donc que la vocation de l’homme à connaître, l’usage qu’il a éthiquement le droit de faire des  connaissances qu’il a acquises, la dépendance du scientifique par rapport à l’économique, posent aujourd’hui une question, pas réellement nouvelle mais à coup sûr exacerbée.
Le temps est à priori fini où nous n’avions plus le droit de chercher, le temps est également terminé où celui qui cherchait pouvait et avait le devoir de  prétendre à un  » tout possible ».
Nous vivons un monde paradoxal où le plus grand nombre d’entre nous utilise, sans même le savoir, des outils issus d’une
recherche au départ fondamentale (voire notre perceuse ou notre sèche-cheveux, réputés nucléaires suivant une célèbre publicité, voire également notre ordinateur ou notre téléphone portable)…

alors que d’autres, relativement plus instruits  de la démarche scientifique s’interrogent gravement sur les effets et, dans les propos les plus extrêmes, la  légitimité de cette démarche .

En réalité, dans notre monde dit « occidental » nous vivons une crise profonde que l’on ne comprend qu’en examinant les conditions d’émergence de l’ »âge de l’homme », soit de l’âge où l’homme à renoncé à tout centre (le géocentrisme étant aboli, l’héliocencentisme étant invalidé, Nietzche nous ayant fait part de la mort de Dieu, Jacques MONOD et d’autres ayant validé ce faire part).

dans l’âge où l’homme, n’a trouvé d’autre centre que lui-même.

L’évolution de la science appliquée se situe dans ce contexte éminemment anxiogène où il  était devenu possible  et  nécessaire d´être toujours plus nombreux – de vivre plus longtemps et en meilleure santé – de se déplacer toujours plus loin, toujours plus souvent, toujours plus vite –de  consommer plus et  en plus grand nombre – de créer de plus de profits pour nos classes dirigeantes…

La nécessité pour le social de se réapproprier la science et l’économie, qui sont en grande partie liées dés que nous parlons de science appliquée, est donc une priorité  qui a été soulignée lors de cafés-philos précédents.

Il convient d’examiner les moyens par lesquels la relation complexe entre le corps social et la science :

  • soit aboutira à achever le destin de l’homme qui serait de s’éliminer de lui-même, dans un processus sacrificiel, moyennant l’apparition des» monstres » qu’évoquait Antonio GRAMSCI, lequel qui écrivait dans les années 30 :

« L’ancienne époque n’est plus là, la nouvelle tarde à venir, et c’est dans cet entre-deux que tous les monstres apparaissent ».

  • soit permettra la fin heureuse du mythe prométhéen, auquel nous sacrifions  par nos choix ( notamment énergétiques), sachant que le voleur de feu que nous sommes est finalement sauvé dans heureuse fin de ce récit.

Pascal Gehin

Notes :

Il est d’ailleurs à noter que la réaction de scientifiques tels que Jean CHARON, contre les insuffisances et les intolérances de leur propre discipline, débouche sur des propos tels que
« Jacques MONOD, Jean ROSTAND et tous les rationalistes se sont lourdement trompés. si lourdement que je les qualifie de chercheurs à vue courte. Et encore, si je dois marquer un doute, c’est sur le qualificatif de chercheurs qui leur était attribué »
.
(Rappelons tout de même que Jacques MONOD a co-reçu le prix NOBEL de médecine en 1965 pour ses travaux sur l’ARN messager).

Publier
[del.icio.us] [Digg] [Facebook] [Google] [LinkedIn] [Reddit] [Twitter] [Email]

Café philo du vendredi 24 juin

Notre prochain Café Philo se déroulera le vendredi 24 juin à 18h30, à Rustrel.

« HUMOUR ET IRONIE »
Présenté par Jean-Marie SCARAMUCCIA et animé par Philippe Mengue

Ce dernier Café Philo de la saison se déroulera au gîte du château

Pour aller au château : sortir d’Apt au pont du lycée direction Rustrel. Le château se situe en haut du village.

Prochain café-philo :
En septembre aux Seguins à Buoux, avec Diane Bertrand, « le cinéma comme art du temps ».

Publier
[del.icio.us] [Digg] [Facebook] [Google] [LinkedIn] [Reddit] [Twitter] [Email]