Archives mensuelles : février 2012

Compte rendu du Café Philo du 24 février

Pourquoi l’homme épuise-t-il sa planète ?

L’homme contemporain vit dans l’irrationalité. Il sait combien ses comportements sont dommageables à sa planète. Mais il s’avère incapable de les réformer. Pourquoi en est-il ainsi ?

Ce n’est pas par fatalité. Les rapports que l »homme établit avec son environnement naturel sont culturels. Ils sont libres. Le propre de l’espèce humaine est sa capacité de se soustraire aux finalités de la biosphère pour suivre ses propres fins.

L’homme peut donc être condamné moralement pour ses méfaits sur la biosphère. Mais au nom de quel principe ? Comme il doit être universalisable, il ne peut relever d’une quelconque religiosité. Ce ne peut être que « le principe de responsabilité » proposé par Hans Jonas : par ses agissements, l »homme contemporain est condamnable car il compromet, pour lui-même et pour ses descendants, une vie authentiquement humaine sur Terre.

Cependant cette responsabilité doit être modulée en fonction du pouvoir social de l »individu. Or, les formes de pouvoir dont relèvent les comportements dont pâtit la biosphère ont été cristallisés par la prise de pouvoir du marchand dans la société. Il s »agit de comportements activistes, car la figure ainsi promue est celle du marchand passionné de valeur d »échange.

Cette mise en place d »une mercatocratie mondiale ne s’est imposée que difficilement, au long de près d’un siècle de violences, non pas tant contre l’ancien régime fondé sur les valeurs guerrières et religieuses, mais contre un autre projet porté par les ouvriers et artisans, fondé sur les valeurs de l’œuvre. Ces valeurs d’égalité, de coopération, de partage ont été représentées par l’anarchisme et le socialisme dit « utopique » au XIX° siècle. L’œuvre, visant un partage culturel, n’implique pas un activisme à l’égard de l’environnement naturel.

Mais comment la mercatocratie a-t-elle réussi à faire partager mondialement sa passion pour la valeur d »échange ?

Il faut opposer, avec Hannah Arendt, l »œuvre au travail. Le travail répond aux nécessités de la vie et son produit est destiné à être détruit par consommation. De fait, l »activisme marchand s’est développé en généralisant le travail et la consommation. Mais une telle activité relève de l »état de nécessiteux. Comment tant d »hommes en arrivent-ils à consumer leur énergie vitale dans le travail-consommation alors même qu »ils sont dans une situation d »abondance de biens ?

L »effet de la domination marchande est insuffisant pour en rendre compte. Il faut solliciter des caractères propres à l »existence humaine pour rendre raison de la fortune mondiale de l’activisme marchand.

L »ontogénèse nous apprend que le premier contact du nouveau-né avec la nature est angoissant. La phylogénèse nous montre la permanence d »un effort d »habitation de l »espace illimité par l »espèce humaine, comme la persistance d »une situation d »exil en cet espace. L »invention technique apparaît alors comme la solution rationnelle que s »est donnée l’humanité pour avoir prise sur son environnement naturel. Mais l »histoire montre que cette maîtrise technique a été régulièrement mise en défaut par les avanies que la nature a fait subir aux hommes.

Ainsi, les rapports de l »homme à la nature doivent être rapportés à un lourd vécu passionnel hérité du passé de l »espèce. C »est par celui-ci qu »il faut rendre compte de l »investissement contemporain sur la technique. Celle-ci a toujours été la réponse par laquelle l »homme s’est imposé dans la nature hostile. Mais, bien plus, depuis la révolution scientifique moderne et l »avènement de la technoscience, elle symbolise le renversement d »un rapport de domination au bénéfice de l »homme.

C »est ainsi que le marchand, passionné de valeur d »échange, a su exploiter le rapport passionnel de l »individu à la nature pour qu’il valorise les marchandises, dans leur différentiel technique, comme des biens qui lui sont vitaux.

Le livre de Pierre-Jean Dessertine « Pourquoi l’homme épuise-t-il sa planète ? » est disponible sur le site de l »éditeur : http://www.aleas.fr

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Café Philo du vendredi 24 février

Le « café Philo » du vendredi 24 février 2012, animé par Philippe Mengue, aura pour thème

« Pourquoi l’homme épuise-t-il la planète ? »

présenté par Pierre-Jean Dessertine :

Philosophe

Les hommes savent, et pourtant ils continuent. Ils continuent d'agir de manière ravageuse pour la biosphère. Les hommes se regardent, avec impuissance, « épuiser » leur planète. Quelle valeur accorde-t-on à notre environnement naturel ? Qu'attend-on de notre interaction avec lui ? Pourquoi ne va-t-on pas là où la raison nous conseille d’aller ? Quel est le sens de ce processus tragique d'épuisement de la planète par les activités humaines ? Nous ne nous contenterons pas de mettre en relation le comportement de l’espèce humaine avec la trace qu'elle laisse derrière elle sur la planète. Ce que nous voulons, c'est comprendre les choix par lesquels elle a pu en arriver là.

Quand nous posons la question « Pourquoi l'homme épuise-t-il sa planète ? », nous ne recherchons pas la cause du problème, nous nous recherchons nous-mêmes, étonnés que nous sommes d'avoir le pouvoir de créer un tel problème.

Vendredi 24 février à 18h30, au Café « Le Royal’s » – Place de la Bouquerie – Apt

Pierre-Jean Dessertine :

« Pourquoi l’homme épuise-t-il sa planète ? »

Éditions ALÉAS – Lyon

Les hommes savent, et pourtant ils continuent.

Ils continuent d'agir de manière ravageuse pour la biosphère.

Les hommes se regardent, avec impuissance, « épuiser » leur planète. Quelle valeur accorde-t-on à notre environnement naturel ? Qu'attend-on de notre interaction avec lui ? Pourquoi ne va-t-on pas là où la raison nous conseille d’aller ? Quel est le sens de ce processus tragique d'épuisement de la planète par les activités humaines ?

Nous ne nous contenterons pas de mettre en relation le comportement de 1-espèce humaine avec la trace qu'elle laisse derrière elle sur la planète. Ce que nous voulons, c'est comprendre les choix par lesquels elle a pu en arriver là.

Quand nous posons la question « Pourquoi l'homme épuise-t-il sa planète ? », nous ne recherchons pas la cause du problème, nous nous recherchons nous-mêmes, étonnés que nous sommes d'avoir le pouvoir de créer un tel problème.

Pierre-Jean Dessertine est professeur de philosophie à Aix-en-Provence. Il a publié des articles dans diverses revues. Il est auteur de plusieurs manuels de philosophie. Il anime le site de philosophie : www.anti-somnambulique.org

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