Archives mensuelles : novembre 2012

Présentation du dernier cours de Ph Mengue, du 27 novembre à L’UPA

Annonce du troisième et dernier cours de Philippe Mengue,

du 27 novembre à L’UPA, à 20h (à la faculté des sciences, à 100m de Sainte Marthe)

Je continue de suivre l’élan donné par Kant à la modernité, soit le fil d’une croyance ou d’une foi qui soit indépendante du savoir (qui ne soit pas un dégradé de savoir, un sous-savoir) et interne à une pratique, à un mode d’existence.

Nietzsche et le christianisme primitif vont nous aider à dégager, non une croyance rationnelle (« dans les limites de la simple raison », Kant), mais une pure croyance, soit une croyance sans objet et sans dogme, sans savoir ni institutions (Eglise), sans transcendance. Qu’est cela ? Est-ce possible ? Je dirai que nous sommes, en fait, dans l’obligation d’écrire une nouvelle Critique, « La Critique de la croyance pure ». Et c’est Deleuze qui vraiment nous aide à en jeter les bases.

Cette pure croyance, qui ne serait que croyance, est la croyance en ce monde-ci ; le royaume de Dieu n’est pas au ciel, il est aujourd’hui, ici-maintenant (Nietzsche, saint Luc). Mais la difficulté est que nous ne croyons plus en ce monde justement (Deleuze, Image-Temps, C2, p.213). Nous en somme coupés. C’est la schizophrénie propre à la modernité. Quelque chose a été cassé. Nous ne pouvons plus croire ni en un autre monde ni en un monde autre, càd transformé par la Révolution (communisme = religion de ceux pour qui la religion est un opium !…). Il s’est vraiment passé trop de choses, trop de catastrophes… Alors, nous les modernes, càd, ceux d’après la Shoah, les camps, le goulag, les dernières révolutions démocratiques en orient…, comme dans les films d’après-guerre, nous n’agissons plus, nous ne réagissons plus (comme c’était le cas dans le cinéma d’Image-mouvement, premier tome), nous regardons les événements comme ne nous concernant plus. Nous sommes des voyants, errants, nomades (« Lost in translation »), des zombis… Le monde est devenu un cinéma, faits de clichés fossilisés… comment y croire ? Comment retrouver un corps en ce monde-ci ?

Cette question exigeante, difficile, parce qu’elle nous confronte à un « impossible », ne doit pas être abandonnée. Elle nous invite d’abord à revenir en-deçà des clichés qui paralysent la pensée et l’action (avec des vieilles opposition comme par exemple, athéisme/croyance, Raison/Foi, religion/savoir…). Ouvrons, fissurons… les savoirs et lees opinions dominantes… (ce que j’ai essayé de faire durant ces trois cours). Ce sont les conditions d’une foi nouvelle, sans transcendance, sans dogme ni savoir, sans institutions ni organisations politiques.

Et, soyez sûrs que  cette  « minoration » dans la pensée n’est pas une carence, mais un plus pour affronter l’Ordre des nouvelles formes de gouvernementalité familiales-libérales-sociales-démocrates qui nous assujettissent autant que les anciens pouvoirs souverains !

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Cours à l’UPA du 20 Novembre 2012 : La fin de l’arrogance du savoir

Annonce du second cours de Philippe Mengue du 20 novembre à l’UPA (Avignon, Sainte Marthe, voir ce site)

Pour comprendre la place de la croyance dans la modernité, il nous a fallu éviter de la définir précipitamment (puisque c’est cela qui est en jeu !), et prêter attention à la problématique kantienne (Critique de la Raison pure, « Méthodologie » – voir les textes scannés sur le site UPA). Le projet kantien (qui consiste à « abolir le savoir pour faire place à la croyance ») aura été réalisé complètement par la modernité. D’où notre recours à cet auteur (pas une préférence subjective pour lui !).

Dans la première séance nous avons vu que tout jugement est à son tour jugé (il se juge, si on veut) : càd qu’il est posé (par l’esprit pensant, le sujet…) dans sa relation au vrai. Ainsi tout jugement (« la table est rectangulaire ») est posé soit comme douteux, soit il est affirmé, soit il est posé comme nécessaire (catégorique, du genre « ça peut pas être autrement », grâce aux mathématiques). L’originalité de Kant est de donner un statut spécifique à la foi (= croyance tout court, la croyance religieuse) et d’en faire le modèle de toute croyance véritable (et non une opinion ou un savoir déguisés). Le leit-motiv : La foi est complètement indépendante du savoir, ce n’est pas un savoir partiel, un sous-savoir.

La foi est liée à la raison pratique et non théorique. La foi provient uniquement de la conscience que j’ai de la nécessité de poser comme vrai l’existence de Dieu et de l’immortalité de l’âme. Quelle nécessité ? Une nécessité liée à une autre nécessité absolue, celle d’avoir à pratiquer la moralité (la justice) : nécessité absolue (sans me considérer à mes propres yeux comme un scélérat, un être ignoble) d’avoir à obéir à la loi morale pratique de la liberté (base de tous nos droits, de l’homme y compris) et nécessite présente dans la compréhension que ces deux croyances sont les conditions sine qua non de cette pratique orientée par la justice ou la moralité.

Que faire de cette analyse de Kant, pour nous aujourd’hui ? Tel est le thème général de la deuxième séance. La plus grande utilité de Kant est de permettre de sortir des Lumières, c’est-à-dire de cette forme de rationalité qui veut que la critique rationnelle soit nécessairement anti-religieuse. Les successeurs des Aufklarers (Marx, Nietzsche, Freud) font de la croyance une illusion. Je montrerai que cette théorisation — aussi populaire soit-elle devenue (religion = opium du peuple, = recherche d’un papa, etc.) — reste dogmatique (pré-critique, càd pré-kantienne) et arrogante, puisqu’elle fait encore de la foi un sous-savoir !

Enfin, grâce à Kurt Gödel, Jacques Lacan et à Jacques Derrida, dans son magnifique article « Foi et Savoir », nous montrerons qu’aucun savoir par principe ne peut fonctionner sans croyance, et que c’est la science elle-même qui démontre cette dépendance. Il n’est plus possible de faire de la science et de la croyance des ennemis (cm au temps de Galilée, par exemple) ; elle sont dans un rapport de complémentarité (cf. Lacan de 1974 : Le Triomphe de la religion).

Bien plus, et surtout, Jacques Derrida nous aidera à établir que Raison et Foi ont, avant leur opposition et division, un socle commun, qu’elles présupposent une antériorité préalable à leur propre existence. On trouvera cette source commune dans le langage lui-même, soit, dans ce qu’il appelle la « fiduciarité » (foi) inhérente à tout fonctionnement du langage, le « miracle » de la croyance en toute parole, adressée à l’autre, fut-elle
la plus banale, le plus courante. (L’espace sera donc ouvert pour la troisième séance qui tentera de saisir ce que Deleuze entend par « croire au monde » et donc d’affiner notre intelligence de la croyance dans la modernité au-delà des clichés).

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Cours de Philippe Mengue – UPA – Avignon

Second cours de Philippe Mengue du 20 novembre à l’UPA (Avignon, Sainte Marthe)

Pour comprendre la place de la croyance dans la modernité, il nous a fallu éviter de la définir précipitamment (puisque c’est cela qui est en jeu !), et prêter attention à la problématique kantienne (Critique de la Raison pure, « Méthodologie » – voir les textes scannés sur le site UPA). Le projet kantien (qui consiste à « abolir le savoir pour faire place à la croyance ») aura été réalisé complètement par la modernité. D’où notre recours à cet auteur (pas une préférence subjective pour lui !).

Dans la première séance nous avons vu que tout jugement est à son tour jugé (il se juge, si on veut) : càd qu’il est posé (par l’esprit pensant, le sujet…) dans sa relation au vrai. Ainsi tout jugement (« la table est rectangulaire ») est posé soit comme douteux, soit il est affirmé, soit il est posé comme nécessaire (catégorique, du genre « ça peut pas être autrement », grâce aux mathématiques). L’originalité de Kant est de donner un statut spécifique à la foi (= croyance tout court, la croyance religieuse) et d’en faire le modèle de toute croyance véritable (et non une opinion ou un savoir déguisés). Le leit-motiv : La foi est complètement indépendante du savoir, ce n’est pas un savoir partiel, un sous-savoir.
La foi est liée à la raison pratique et non théorique. La foi provient uniquement de la conscience que j’ai de la nécessité de poser comme vrai l’existence de Dieu et de l’immortalité de l’âme. Quelle nécessité ? Une nécessité liée à une autre nécessité absolue, celle d’avoir à pratiquer la moralité (la justice) : nécessité absolue (sans me considérer à mes propres yeux comme un scélérat, un être ignoble) d’avoir à obéir à la loi morale pratique de la liberté (base de tous nos droits, de l’homme y compris) et nécessite présente dans la compréhension que ces deux croyances sont les conditions sine qua non de cette pratique orientée par la justice ou la moralité.

Que faire de cette analyse de Kant, pour nous aujourd’hui ? Tel est le thème général de la deuxième séance. La plus grande utilité de Kant est de permettre de sortir des Lumières, c’est-à-dire de cette forme de rationalité qui veut que la critique rationnelle soit nécessairement anti-religieuse. Les successeurs des Aufklarers (Marx, Nietzsche, Freud) font de la croyance une illusion. Je montrerai que cette théorisation — aussi populaire soit-elle devenue (religion = opium du peuple, = recherche d’un papa, etc.) — reste dogmatique (pré-critique, càd pré-kantienne) et arrogante, puisqu’elle fait encore de la foi un sous-savoir !

Enfin, grâce à Kurt Gödel, Jacques Lacan et à Jacques Derrida, dans son magnifique article « Foi et Savoir », nous montrerons qu’aucun savoir par principe ne peut fonctionner sans croyance, et que c’est la science elle-même qui démontre cette dépendance. Il n’est plus possible de faire de la science et de la croyance des ennemis (cm au temps de Galilée, par exemple) ; elle sont dans un rapport de complémentarité (cf. Lacan de 1974 : Le Triomphe de la religion).

Bien plus, et surtout, Jacques Derrida nous aidera à établir que Raison et Foi ont, avant leur opposition et division, un socle commun, qu’elles présupposent une antériorité préalable à leur propre existence. On trouvera cette source commune dans le langage lui-même, soit, dans ce qu’il appelle la « fiduciarité » (foi) inhérente à tout fonctionnement du langage, le « miracle » de la croyance en toute parole, adressée à l’autre, fut-elle la plus banale, le plus courante. (L’espace sera donc ouvert pour la troisième séance qui tentera de saisir ce que Deleuze entend par « croire au monde » et donc d’affiner notre intelligence de la croyance dans la modernité au-delà des clichés).

Lien utile : http://www.upavignon.org

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