Archives mensuelles : décembre 2013

Cours à l’UPA : "Un monde sans erreur ? Nietzsche et la volonté de vérité", séance des 28 /1/14 et 4/2/14

Dans mon approche du problème de l'erreur, tout d'abord, je soulignerais la volonté croissante de la société contemporaine de vouloir pourchasser, éradiquer l'erreur, de vouloir en faire la prévention. Cette volonté est à rattacher à la VOLONTE DE SECURITÉ à tous prix, en tous domaines, qui détermine ce monde. Cette volonté va de soi. On tentera de la problématiser.
Une telle volonté n'est pas sans s'appuyer à une certaine « volonté de savoir » qui en est son corréllat et son fondement. À elles deux, ces deux « volontés » (de puissance, de maîtrise) cherchent à construire un « MONDE SANS ERREUR » (ou sans Réel, dirait Lacan).
« La Raison », et un faux rationalisme (le scientisme, le positivisme), occupent le devant de la scène, ne légitimant d'autres savoirs que ceux dits « scientifiques » et « techniques » et ne connaissant d'autre « rationalité » qu'instrumentale. Laissant la pensée dans une pauvreté et une platitude désespérantes et l'homme contemporain ne se voyant plus qu'au travers l'écran du Savoir (sciences dures et biologiques, sciences « humaines », anthropologiques, y compris) ressentant l'ennui de la machine comportementale, banale et sans singularité, qu'il devient (= l'homme neuronal, la pensée comme neurone et comme procédure technique).
C'est pour une telle image de la pensée que l'erreur est platement définie comme le négatif du vrai, du savoir.

Par opposition, quel statut donner à l'erreur et donc à la vérité (sans laquelle l'erreur ne serait pas erreur) ?
Un rapide détour vers l'épistémologue Karl POPPER nous permettra de comprendre ce qu'est le rationalisme vraiment critique et de saisir quelle est la positivité féconde de l'erreur dans la production du savoir scientifique. Nous sortirons ainsi de la religion de La Raison qui assèche nos « âmes », ou nos « esprits »,ou nos cerveaux, comme on voudra dire, aujourd'hui.
Nous sommes donc amenés à penser la question : « quelle erreur serions-nous en train de commettre sur l'erreur en en faisant quelque chose de négatif à éviter ? » Heidegger a commis bien des erreurs (politiques, cf Bernard Proust), mais pas l'erreur (philosophique) de ne pas penser le statut ontologique de l'erreur. L'ERRRANCE, plus fondamentale, y a partie liée avec l'erreur. Par là il ouvre au nomadisme, et au penseur comme « wanderer » nietzschéen. Il lit Nietzsche pour comprendre cette montée en puissance de la « science », cette « volonté de savoir », ses dangers civilisationnels et la détresse pensante des modernes.

Nous verrons si avec Nietzsche peut s'ouvrir un autre savoir, un « gai savoir », un savoir nomade, qui tente de faire de l'erreur une alliée et une émancipation. Nietzsche/Deleuze y parviennent-ils vraiment ?
Des philosophes contemporains nous aiderons dans cette tache d'éclaircissements où l'erreur s'avérera plus importante et garante de liberté. La psychanalyse (lacanienne), élevée contre le réductionnisme contemporain (qui fait de la pensée un réseau de neurones), nous ouvrira des pistes. Mais d'autres penseurs aussi, comme Deleuze (au moins d'accord sur ce point avec la précédente, dans sa haine du positivisme, etc.). Quelle image a-t-on de la pensée quand son enjeu principale tourne autour de l'erreur ? Et si l'erreur détient une certaine positivité, quelle nouvelle « image de la pensée  » doit-on avoir ? Qu'est-ce que penser quand l'erreur n'est plus le grand danger à éviter ? Et que reste-t-il de la vérité ? L'abîme du non sens ? Que devient l'erreur quand penser devient « affronter le chaos ? » Ce sont ces questions que nous ne résoudrons certes pas, mais que nous serions contents de pouvoir esquisser.

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