Archive pour la catégorie ‘Métaphysique’

Entretien avec Jacques Goldberg

Entretien avec Jacques Goldberg (en présence du Docteur Reinharc)

Propos recueillis par David T. Reinharc

La recherche de l’origine de l’univers et de l’homme constitue une préoccupation très ancienne pour toute l’humanité. Mais que savons-nous de l’interface entre science et judaïsme ? Nous avons voulu mettre en évidence les convergences entre les intuitions des Sages d’Israël et les recherches scientifiques contemporaines.

A cette fin, nous avons rencontré M. Goldberg, professeur de biologie et d’éthologie à l’université René-Descartes, directeur du Laboratoire de sociologie animale, lauréat du grand prix de sciences humaines de l’Académie française, spécialiste des sociétés animales, auteur de nombreux ouvrages sur le comportement et l’évolution des espèces vivantes et notamment de Science et Tradition d’Israël (Préface de Franklin Rausky), chez Albin Michel. Entretien.

Vous êtes un scientifique de haut niveau et juif pratiquant. N’y a-t-il jamais contradiction entre science et Torah ?

Il n’y a pas de contradiction dans le fond, bien que quelquefois certains problèmes se posent, comme par exemple par rapport à l’évolution. Ce sont des problèmes parfaitement solubles, il suffit de bien étudier la Torah et les différents commentaires. Il faut une bonne compréhension des bases en science et en Torah et, personnellement, je n’ai jamais rencontré de véritable contradiction. Et si je me suis occupé de ces questions d’origine du monde, d’évolution, d’origine de l’homme, c’est parce que je m’occupais aussi d’enseigner et de diffuser la Torah et qu’on me posait des questions.

Si j’ai écrit le livre Science et tradition d’Israël, c’était dans un premier temps pour faire connaître le message de Torah par rapport aux sciences à un grand public, et je me suis rendu compte dans un deuxième temps que, dans nos milieux religieux, il y avait beaucoup d’obscurantisme et qu’il fallait redresser des idées fausses. « La science se trompe toujours, la Torah a toujours raison. » La vérité est plus nuancée : la Torah est toujours « emeth », vraie, mais la science ne se trompe pas toujours et s’approche au contraire du vrai.

N’y a-t-il pas contradiction entre science et Torah quant à l’origine de l’univers ?

Depuis le premier tiers du XXe siècle, on sait que le monde a une origine, ce qui est une très grande nouveauté. La plupart des scientifiques et des philosophes imaginaient que le monde était éternel. Les Juifs étaient pratiquement la seule famille religieuse à dire que non, le monde a été créé, et à partir du néant, ex nihilo. Maintenant, à partir de tout ce qu’on a découvert sur le « Bing Bang », on sait parfaitement que le monde a une origine. Certes, l’astrophysique n’a pas découvert absolument le point origine, on en est à une infime fraction. On sait que le monde débute par une fulgurante explosion ; on est parti d’une densité impensable sur une distance extrêmement petite. On sait aussi que le point origine est inatteignable pour des raisons théoriques et demander ce qu’il y avait avant n’a pas de sens, puisque le temps débute à ce moment-là. 

La science sait que le monde a été créé. Cette création est fondamentale et c’est la raison pour laquelle la Torah commence par là : « Berechit bara Elokim ». « Bara » signifie créé ex nihilo et ne peut avoir que Dieu comme sujet. C’est important, la Torah n’est pas un livre de cosmologie, mais veut préciser que le monde a été créé à partir du néant. Dieu n’est pas limité dans sa création par de la matière préexistante. C’est même la base de la possibilité d’exercice des mitsvot.

Si Dieu partait d’une matière préexistante, il serait limité par les paramètres de cette matière. Si Dieu lui-même était limité dans sa liberté, l’homme le serait d’autant plus et l’exercice des mitsvot serait impossible.

Et entre Darwin et la Torah ?

D’abord, le darwinisme est maintenant largement dépassé. Mais Darwin est quand même un génie qui a montré que le monde a évolué, qu’on est passé du simple au complexe. En vérité, la notion d’évolution est un vieux concept juif disant que le monde a été créé de façon potentielle et qui donc évolue. Maintenant, on a le néo-darwinisme. Il y a des mutations, des accidents génétiques qui apportent des caractères nouveaux qui sont triés par la sélection naturelle. Et c’est ainsi que la vie s’organise et se complexifie. Les êtres vivants se sont succédés pour arriver jusqu’à  l’homme. Il y avait l’homme adamique, le seul qui va nous intéresser dans la Torah et des humanités qui ont préexisté. On en trouve la relation dans un certain nombre de textes dans le Midrash. Des hommes se sont succédé, dont la Torah ne parle pas spécialement, sauf de façon allusive, mais qui n’avaient pas de spiritualité en eux. On a un texte du Midrash qui dit qu’il y a eu 974 générations qui ont précédé le monde. C’est un chiffre symbolique : 1000 moins 26.

Ces êtres vivants, qui étaient des hommes, se sont développés progressivement et à un moment donné, Dieu a insufflé à un homme qu’il jugeait adéquat une fraction de spiritualité. Et ce moment change tout. Cet homme-là va être doté d’un peu de divin en lui. Il pourra faire les mitsvot.

Et cet homme, ce serait qui ?

C’est Adam harichon. C’est Adam. Les autres humanités existent, font des outils, des cités lacustres, des peintures rupestres, mais ne peuvent pas faire ce qui est demandé dans la Torah. Cela ne va être possible qu’à  partir de Adam harichon. Ce qui se situe il y a environ six mille ans.

La Torah ne se contredit pas avec les Cro-Magnons ?

Absolument pas. Plusieurs faits scientifiques montrent que vers cette zone, vers - 6000, il y a eu des changements drastiques. C’est la révolution agricole, le néolithique, plein de choses nouvelles se sont passées. C’est la création de l’homme tel que nous le concevons, de l’homme adamique par opposition aux autres humanités qui étaient physiquement et zoologiquement des hommes, mais n’avaient pas l’étincelle divine.

Mais il y a quand même un problème, c’est qu’on retrouve des traces de sépultures, avec de la nourriture, des armes et objets familiers. Il y avait donc une certaine spiritualité. Mais j’ai trouvé un texte de Rabbi Lipchitz qui dit que tous ces mondes pré-adamiques se sont succédé avec d’un monde à l’autre une augmentation et un perfectionnement de la spiritualité.

Pourquoi n’est-il pas fait mention de cela dans la Torah ?

La Torah ne nous donne que les éléments dont nous avons besoin pour accomplir la volonté de Dieu. La Torah n’est pas un livre de cosmologie ni de préhistoire, mais on peut trouver des allusions. Et quand on arrive à l’homme adamique, on a l’homme tel que nous le connaissons et dont ressort toute l’humanité actuelle. Et les Juifs sont très pointilleux pour dire qu’il n’y a qu’une seule humanité.

Avez-vous quelque chose à rajouter pour les gens qui restent dubitatifs ?

Il faut étudier absolument la Torah, se renseigner. Il n’y a pas de problème fondamental. Au niveau des datations, il faut savoir que le terme de jour ne veut pas dire forcément un jour de 24 heures. D’abord, il n’y a pas de soleil jusqu’au 4e jour, donc, s’il n’y a pas de soleil, on ne voit pas pourquoi il y aurait des jours de 24 heures. Pour certains maîtres, il ne s’agit pas de durée. Les jours sont des entités qui permettent des stades de création. Un grand nombre de textes rabbiniques parlent de durées très élevées, cent mille ans, 900 millions d’années et il y a un texte de kabbale par Rabbi Itzhak Acco qui parle de 17 milliards et demi d’années pour la durée de l’univers, soit à peu près l’évaluation scientifique actuelle. Quand on dit que le monde a 5764 ans, on se réfàre à la création d’Adam harichon, mais le monde est beaucoup plus âgé et jamais les Hahamim ne sont allés contre la science.

David T. Reinharc

Rédacteur en chef du magazine Altalena

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Universalité et droits de l’homme

Universalité et droits de l’homme par Hillel Feuerweker
Mais quels sont ces droits de l’homme ?

Universalité des droits de l’homme :
Mais quels sont ces droits de l’homme ?

Dans son préambule, la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 affirme le principe « des droits naturels, inaliénables et sacrés » et ils sont énumérés à l’article 2 :« Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la Liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression. »

Nous pouvons constater que ces droits sont biens restrictifs par rapport à ceux que nous connaissons aujourd’hui.

Et le passage des 17 articles de la déclaration de 1789 aux 30 articles de celle de 1948 indique une montée en puissance de ces droits.

Et vont suivre un chapelet de chartes, traités, conventions, protocoles qui viendront suppléer aux nouvelles avancées politiques, sociales, économiques et qui n’avaient pas encore été énoncés précédemment, vont apparaîtrent jusqu’à l’an 2000.

La caractéristique de la déclaration c’est qu’elle est déclarative c’est une opinion morale et ce n’est que lorsqu’elle est inscrite dans la constitution et à fortiori dans la législation qu’elle a force de loi. Mais dès que les états se sont emparés des droits de l’homme pour en faire un outil législatif et avec raison, c’est à partir de là que sont apparues des dissension notamment dans leurs applications et restrictions.

C’est dans le passage de la morale déclarative aux droits des états qu’apparaissent des difficultés puisque des restrictions au droits et libertés peuvent apparaître sous différents prétextes.

Un glissement sémantique terrible va apparaître dès le XIXè siècle qui révèle la réalité historique qui a accompagné ces déclarations.

Si la référence à la notion de droit naturel et à la raison pour l’universalité emprunté aux philosophes du XVII e et du XVIII è siècle, la notion d’universalité en tant que substantif va se transformer en un verbe actif et on va universaliser c’est à dire que l’on va rendre universel ce qui ne l’était pas, et cela manu militari comme l’ont illustrées les conquêtes napoléoniennes et coloniales un peu plus tard.

C’est en fait à partir des années 60 avec l’effritement des empires coloniaux que des contestations de l’universalité vont apparaître.

L’esclavage avait en apparence été réglé avec son abolition en 1848 et la guerre de sécession aux états unis d’Amérique.

Deux revendications majeures vont apparaître :

Le droit des peuples 1976 à Alger et le droit des femmes1980. Voir les chartes.

L’émergence des pays émergeant va faire surgir des visions de l’homme qui vont être différentes.

Les pays nouvellement crées devant l’acquisition de la liberté collective vont avoir du mal à reconnaître la liberté individuelle, et même si elle est reconnue elle est vécue comme secondaire.

Et ici même chez nous la remise en question de l’humanisme va remettre en question la notion d’universalité, avec l’expression « les droits de l’hommisme »

Pour la Chine (constitution) c’est la question du patriotisme, au prix de la vie, qui va être la clef de voûte du système.

Pour la charte Africaine (OUA 1981) c’est la famille et la morale voir la tradition ancestrale et de fait la condition de la femme et (ce qui n’est pas mentionné mais plus que toléré, les atteintes à sa possibilité de jouissance sexuelle par l’ablation de son clitoris), qui va être la clef de voûte du système.

Pour la Charte Arabe ou Musulmane (1981-1994) ce sera l’évocation de Dieu dans le préambule, le code de la famille et la condition de la femme comme mineure sous tutelle et la peine de mort pour relaps ou adultère, même pour un ou une mineur.

Pour les droits fondamentaux, ce n’est pas le droit de propriété dont l’universalité est mise en cause, ni le droit de sûreté, ni le droit à l’insurrection , et qui sont tous affirmés dans toutes les nouvelles chartes.

Il en va de même pour les droits économiques et sociaux.

Ce qui reste, c’est la remise en cause du droit de liberté individuel.

Qui est lié au statut de la femme, à la liberté ou non de croyance, la liberté pure et simple de l’individu.

Et que le traité des droits fondamentaux Européen vient de confirmer aujourd’hui.

Il suffit de penser qu’il y a à peine 200 ans nous étions nous même dans une situation beaucoup plus catastrophique vis à vis des droits et liberté pour ne pas prendre ombrage de la situation actuelle dans une grande partie du monde.

La contestation de l’universalité de la liberté individuelle nourrit bien des enjeux pour demain.

Elle nourrit une partie des revendications dans notre société.

Pour ce qui est de la réalité, les trois quarts de l’humanité sont assujettis à cette vision du monde.

Voir la commission des droits de l’homme à Genève ou la majorité est menée par les différentialistes sous la présidence de la Libye, qui bataillent bec et ongles pour faire passer leur point de vu.

Et l’an prochain les coups de boutoirs de Durban II.

Personnellement en tant que « droit de l’hommiste » assumé, je ne vois pas ce qui m’empêcherai de continuer à soutenir l’universalité du droit individuel pour tout le monde, tout en sachant qu’il n’est pas universellement répandu, mais comme le dit Emmanuel Levinas dans « imprévus de l’Histoire » « l’universalité est l’Omega de la moralité, elle n’en est pas l’Alpha.

Et si l’universalité n’est pas une réalité, c’est un objectif, c’est un Idéal à atteindre. »

Hillel Feuerweker

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