Annonce du cours du 20 novembre à L’UPA (avignon) 18h30

Pour comprendre la place de la croyance dans la modernité, il nous a fallu éviter de la définir précipitamment (puisque c’est cela qui est en jeu !), et prêter attention à la problématique kantienne (Critique de la Raison pure, « Méthodologie » – voir les textes scannés sur le site UPA). Le projet kantien (qui consiste à « abolir le savoir pour faire place à la croyance ») aura été réalisé complètement par la modernité. D’où notre recours à cet auteur (pas une préférence subjective pour lui !).

Dans la première séance nous avons vu que tout jugement est à son tour jugé (il se juge, si on veut) : càd qu’il est posé (par l’esprit pensant, le sujet…) dans sa relation au vrai. Ainsi tout jugement (« la table est rectangulaire ») est posé soit comme douteux, soit il est affirmé, soit il est posé comme nécessaire (catégorique, du genre « ça peut pas être autrement », grâce aux mathématiques). L’originalité de Kant est de donner un statut spécifique à la foi (= croyance tout court, la croyance religieuse) et d’en faire le modèle de toute croyance véritable (et non une opinion ou un savoir déguisés). Le leit-motiv :La foi est complètement indépendante du savoir, ce n’est pas un savoir partiel, un sous-savoir.

La foi est liée à la raison pratique et non théorique. La foi provient uniquement de la conscience que j’ai de la nécessité de poser comme vrai

l’existence de Dieu et de l’immortalité de l’âme. Quelle nécessité ? Une nécessité liée à une autre nécessité absolue, celle d’avoir à pratiquer la moralité (la justice) : nécessité absolue (sans me considérer à mes propres yeux comme un scélérat, un être ignoble) d’avoir à obéir à la loi morale pratique de la liberté (base de tous nos droits, de l’homme y compris) et nécessite présente dans la compréhension que ces deux croyances sont les conditions sine qua non de cette pratique orientée par la justice ou la moralité.

Que faire de cette analyse de Kant, pour nous aujourd’hui ? Tel est le thème général de la deuxième séance. La plus grande utilité de Kant est de permettre de sortir des Lumières, c’est-à-dire de cette forme de rationalité qui veut que la critique rationnelle soit nécessairement anti-religieuse. Les successeurs des Aufklarers (Marx, Nietzsche, Freud) font de la croyance une illusion. Je montrerai que cette théorisation — aussi populaire soit-elle devenue (religion = opium du peuple, = recherche d’un papa, etc.) — reste dogmatique (pré-critique, càd pré-kantienne) et arrogante, puisqu’elle fait encore de la foi un sous-savoir !

<p >Enfin, grâce à Kurt Gödel, Jacques Lacan et à Jacques Derrida, dans son magnifique article « Foi et Savoir », nous montrerons qu’aucun savoir par principe ne peut fonctionner sans croyance, et que c’est la science elle-même qui démontre cette dépendance. Il n’est plus possible de faire de la science et de la croyance des ennemis (cm au temps de Galilée, par exemple) ; elle sont dans un rapport de complémentarité (cf. Lacan de 1974 : Le Triomphe de la religion).

Bien plus, et surtout, Jacques Derrida nous aidera à établir que Raison et Foi ont, avant leur opposition et division, un socle commun, qu’elles présupposent une antériorité préalable à leur propre existence. On trouvera cette source commune dans le langage lui-même, soit, dans ce qu’il appelle la « fiduciarité » (foi) inhérente à tout fonctionnement du langage, le « miracle » de la croyance en toute parole, adressée à l’autre, fut-elle la plus banale, le plus courante. (L’espace sera donc ouvert pour la troisième séance qui tentera de saisir ce que Deleuze entend par « croire au monde » et donc d’affiner notre intelligence de la croyance dans la modernité au-delà des clichés).

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