Le Café Philo

Historique du café philo d’Apt

Nos souvenirs à tous s’estompent un peu.

Je parlerai en mon nom, tout en tentant de tenir compte des remarques de mes amis et des fidèles assistants du café-philo. J’en profite pour les remercier, car sans eux, leur intérêt, leur fidélité, ce café-philo serait mort depuis longtemps. Il ne vit que par vous, et par tous ceux qui suivant leurs disponibilités viennent faire un tour ou se proposent d’intervenir sur une question de leur choix.

Je vais essayer de reconstituer l’historique de cette belle initiative impulsée sur Apt par Jean Mérat, quelques années après avoir lancé Carrefour des Citoyens.

Contexte culturel et moral

Les cafés-philos sont nés sous la direction d’un philosophe, Marc Sautet (M.) (cf. son livre : Un café pour Socrate, Rober Laffont, 1995), à Paris. Ils ont commencé en décembre 1992 au Café des Phares, place de la Bastille. Le philosophe Marc Sautet y menait une discussion publique tous les dimanches matin à 11 heures. Grâce à ses qualités, mais aussi aux média, ces discussions devinrent rapidement célèbres.

Une grande mode se répartit partout en France, et Apt fut gagnée. J’étais prof de philo au Lycée et donc on me demanda. Ça allait de soi.

Je n’ai pourtant accepté la proposition de Jean Mérat qu’après mûres hésitations. La première était que si je voyais pour le philosophe une possibilité de s’inscrire concrètement dans la Cité, je devais veiller à ce que ce café ne devienne pas une résonance des partis politiques, ou du moins de certains exclusivement, car alors la philosophie telle que je la conçois (recherche et non possession de la Vérité) était sur le flanc. Or le milieu aptésien était vivant de multiples associations militantes qui faisaient vivre culturellement une ville par elle-même assez déserte (à part quelques manifestations traditionnelles). Or, me disais-je, ce seraient beaucoup de ces personnes qui fréquenteraient le café philo : pourrai-je être capable de défendre son indépendance intellectuelle, morale, politique, sans faire trop de déçus ? Sur ce point, avec le recul, je puis constater, hélas, que n’ai pas toujours réussi. Tout d’abord, parce que bien des « militants », plus ou moins déçu des « palabres » et de l’absence d’action (ne voyant pas l’intérêt de questions « théoriques »), nous ont quitté, quand d’autres de sensibilité moins tournée vers la « gauche », se sont peu à peu retirées, se sentant sans doute mal écoutées par l’ensemble des assistants et intervenants. Ce n’était plus la philo comme simple « discours » qui décevait, mais, plus grave, c’était ma fonction de médiateur qui était en cause. J’en ai été pour ma part très affecté, puisque la divergence des « voix » est le lot de l’humanité qui n’existe qu’au pluriel (Hanna Arendt), et que toute perte de certaines d’entre elles, aussi horripilantes soient-elles à d’autres, affectent la vivacité et la pertinence des autres (quelles que soient les appartenances partisanes de chacun).

Mais au départ, je fus un peu réticent, pour une autre raison, culturelle celle-ci. Je pensais que ce type de rencontre était le privilège des grandes villes, où existaient des universités, etc. Mais, je me trompais ; le succès, 2 ou 3 ans après, du café-philo qui se tint régulièrement à Sault, sur le plateau, me démontra le contraire. C’est un enseignement, encourageant, celui de voir que le café philo peut remplir une fonction populaire et citoyenne, à condition de ne pas se transformer en salle de conférence ou de cours de lycée, ou de fac, ou en estrade politique en faveur d’une orientation politiquement marquée. Difficile navigation entre deux dangers : l’engagement partisan pratique, la spécialisation universitaire théorique (nos deux Charybe et Scylla).

Chronologie

A mon avis (je fais appel à la mémoire de tous ici pour corriger) le premier café-philo a du» se tenir dans le courant de l’année 1998-99 (novembre-décembre 98 ?) ; je crois me souvenir que c’était en hiver. Il portait sur « La crise », dans un lieu qui peut être à l’emplacement du « Palais » actuel, place de La Bouquerie. Il y eut une suite (la Crise II), le mois suivant ; puis il me semble qu’à partir de là, et du vif succès rencontré, nous avons tenu un café tous les mois jusqu’à  aujourd’hui (sauf pendant l’été, au rythme de 9 par an en moyenne).

Toujours la première année, durant l’été 99, avec Jean-Louis Tristani, Jean Mérat, Marie-Hélène et Pascal **** nous avons organisé le premier colloque international des café-philo, vers la fin août. On se réunissait à la Chapelle Baroque pour les débats et interventions, qui portaient principalement sur les échanges des expériences dans les différents café-philo de France (mais aussi du Canada, de New-York, etc.). Nous avons recommencé la seconde année (aux Seguins, cette fois), et il y eut même une publication des Actes du Colloque qui furent rassemblées par les soins de Marie-Hélène et Pascal ****

Les principaux courants qui animent en France les café philo étaient présents avec leurs représentants, ainsi que leur publication. Je me souviens principalement de la présence :

– d’Oscar Brennifer, avec la revue le Vilain Petit Canard, (chaque numéro est disponible sur demande à l’adresse suivante : éditions Alcofribas Nasier – 2 passage Flourens – 75017 Paris).

– puis d’un autre courant plus directement issu deMarc Sautet, avec la revue Philos (Site philos.org), qui existe depuis l’origine (nombre d’articles sur les cafés et de nombreux comptes rendus).

– des représentants de Diotime, L’Agora, revue du CRDP Languedoc-Roussillon, consultables en ligne sur le site www.crdp-montpellier.fr/ressources/agora/ (dernier numéro paru récemment n° 40)

A la suite de ce premier colloque des cafés-philo qui se soit tenu en France et dans le monde, j’ai moi-même publié dans la Revue Diotime, L’Agora, dont le rédacteur est Michel Tozzi (professeur des universités à Montpellier 3), deux articles : « Café-Philo : Le moment agoraïque de la philosophie » (dans Agora n° 4, de Décembre 1999) puis : « Agora et vérité dans les cafés-philo » (Agora n° 10 de juin 2001).

Voilà, c’était donc bien parti, et avec enthousiasme ! Qu’en est-il résulté ?

Ce n’est pas à moi de le dire. Mais il me semble que si l’ardeur des commencements n’est plus tout aussi présente, du moins la qualité des débats, l’écoute mutuelle, la tolérance et la curiosité philosophique l’ont bien remplacé.

Aujourd’hui

De nombreux changements ont affecté le déroulement du café philo : nous les examinerons à la réunion de rentrée, en septembre 2009, avec Jean Pastureau, pas simplement pour mémoire mais pour faire le point sur nous-mêmes.

Notre dernier lieu de réunion fut, ces dernières années, principalement le Café Grégoire, place de la Bouquerie, et notre restaurant, « Le Palais » tout à côté. Mais nous allâmes longtemps au café « Le Gallia » (dans la salle du premier étage, tenu par Pia), mais aussi, encore avant, « Au missile », sur le quai (et aujourd’hui fermé), etc. Le café nous est indispensable : car, non seulement tout le monde peut entrer et partir quand il le désire, peut se mêler du débat de façon impromptu, mais surtout parce que la convivialité des boissons partagées, des apéritifs et des vins, c’est aussi l’espace de la philosophie, qui n’est pas toujours à son meilleur à l’Académia (ou à l’Universitas) voyez Le Banquet « le Sumposium  » de Platon, le plus beau texte de toute la philosophie, peut-être !

Notre règle en vigueur : les sujets me sont soumis et après une formulation en commun de leur énoncé, ils doivent être présentés en 30 mn maximum pour dire en quoi cette question intéresse la personne qui la présente (c’est notre nouvelle règle qui jusqu’à présent semble donner satisfaction, mais nous en discuterons en septembre 09).

De nombreux sujets ont été proposés et débattus. Nous avons donc, grâce à notre grande antiquité, assez surprenante vue la décroissance du phénomène des cafés-philo, abordé à raison de 8 à 9 cafés par an, environ 90 questions ! C’est considérable en effet.

Je regrette que nous n’en ayons pas gardé trace (pas même le titre, et les noms des intervenants), soit sous forme de résumé, de réactions (les souvenirs sont les bienvenus pour reconstituer en partie cette liste). Avec le site que nous a généreusement constitué notre ami Frédéric Gallier, je m’efforce depuis quelque temps, de consigner quelques notes en guise de compte rendu. Vous êtes appelés à nous aider, à participer au blog, à échanger !

Aussi continuons-nous, sans nous soucier de ce que nous laissons derrière nous, en espérant que tout n’a pas été vain et que nous continuerons encore un bon moment.

Long life to the Apt’s café-philo !

Sites à consulter :

APT, 1/6/09

Philippe MENGUE

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