Compte-rendus Café Philo

Compte-rendus et suite des débats de nos Café Philo

Lettre aux amis du café philo d’Apt

Mes chers amis,
Je tiens, avant de vous quitter, à vous remercier et à vous dire tout le plaisir philosophique sincère que j’ai eu à de nombreux cafés philos, surtout les années du début ; et par la suite aussi, pour un bon nombre de séances, grâce à votre intelligente et amicale participation. J’ai été enthousiaste et très motivé ; j’ai voulu le plus possible, dans cette arène, lutter pour faire découvrir des questions. Vous m’avez la plupart du temps bien aidé, avec pertinence et sens critique, et je ne saurais mieux vous dire que j’ai été philosophiquement heureux d’être avec vous.
Pourquoi alors me retirer ?
J’ai le sentiment (vieillesse ?) que c’est de plus en plus dur de philosopher dans ce cadre et que je dois laisser ma place à d’autres. Mais, avant de vous quitter, je voudrais vous dire qu’il ne s’agit pas de simplement « animer » (comme un gentil GO), mais de faire que la médiation, la modération soit authentiquement philosophique. Que c’est le philosophe, en tant que tel, avec sa vie philosophique, qui anime le café, et non l’animateur qui peut éventuellement, et on ne sait trop comment, aider à philosopher un peu … Les deux fonctions sont inséparables. Dans les derniers temps j’ai eu le sentiment qu’il devenait très difficile pour moi (pour de multiples raisons, dont certainement le poids de certains clichés à mon égard…) de faire apparaître des questions, un questionnement suivi, construit. Je ne peux mieux faire que de me citer dans le compte rendu du premier café philo de l’année dernière sur le cinéma (aux Seguins, à Buoux) qui m’avait laissé sur une déception, car je sentais qu’il y allait entre nous d’une incompréhension grandissante. Je disais alors (voir notre site) : « Je vais insister sur ce point [= le fait de tenter de faire surgir une ou des questions qui s’enchaînent]. La philosophie est l’art des questions, des problèmes, leurs inventions, etc. Or, bien plus qu’au début de nos cafés, il nous est de plus en plus difficile d’accéder à des questions, de dégager des problèmes. On assiste à des monologues qui se succèdent sans entrer en débat ou discussion avec les autres interventions, des interventions qui ne font pas problème avec elle-même, ni, surtout, qui ne se rapportent que lointainement à la question du jour. Celle-ci semble aller de soi. », etc.
Vous me direz, oui c’est difficile, mais justement à toi de défier l’obstacle et te confronter à la difficulté. Soit. Je l’ai fait pendant longtemps, avec amour et sentiment d’exercer une fonction civique dans la cité. Mais la veine est tarie, je ne sens plus, globalement, dans le public, la même docilité, ni, je crois, je ne dispose de la même confiance — crédit qui permettait de poursuivre, dans les directions que j’improvisais avec vous, de se laisser entraîner dans le suivi d’une question qui peu à peu s’élabore …
Je suis désolé et je voudrais dire à certains dont je connais la fibre philosophique, et l’amitié, que je suis chagriné de ne plus être au rendez-vous ; mais nous trouverons sûrement d’autres moyens de philosopher ensemble, et nous rencontrer à nouveau.
(PS : Après la réunion de ce vendredi 26 octobre, aux dernières nouvelles, le café philo, pour continuer, cherche un « animateur philosophe ! ». Si vous vous sentez de jouer ce rôle ou bien de connaître quelqu’un qui veuille bien s’en charger, faites le savoir, car il y a beaucoup de bonne volonté pour continuer à faire vivre le café-philo d’Apt).

Amicalement,
Philippe Mengue

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Compte rendu du Café Philo du 24 février

Pourquoi l’homme épuise-t-il sa planète ?

L’homme contemporain vit dans l’irrationalité. Il sait combien ses comportements sont dommageables à sa planète. Mais il s’avère incapable de les réformer. Pourquoi en est-il ainsi ?

Ce n’est pas par fatalité. Les rapports que l »homme établit avec son environnement naturel sont culturels. Ils sont libres. Le propre de l’espèce humaine est sa capacité de se soustraire aux finalités de la biosphère pour suivre ses propres fins.

L’homme peut donc être condamné moralement pour ses méfaits sur la biosphère. Mais au nom de quel principe ? Comme il doit être universalisable, il ne peut relever d’une quelconque religiosité. Ce ne peut être que « le principe de responsabilité » proposé par Hans Jonas : par ses agissements, l »homme contemporain est condamnable car il compromet, pour lui-même et pour ses descendants, une vie authentiquement humaine sur Terre.

Cependant cette responsabilité doit être modulée en fonction du pouvoir social de l »individu. Or, les formes de pouvoir dont relèvent les comportements dont pâtit la biosphère ont été cristallisés par la prise de pouvoir du marchand dans la société. Il s »agit de comportements activistes, car la figure ainsi promue est celle du marchand passionné de valeur d »échange.

Cette mise en place d »une mercatocratie mondiale ne s’est imposée que difficilement, au long de près d’un siècle de violences, non pas tant contre l’ancien régime fondé sur les valeurs guerrières et religieuses, mais contre un autre projet porté par les ouvriers et artisans, fondé sur les valeurs de l’œuvre. Ces valeurs d’égalité, de coopération, de partage ont été représentées par l’anarchisme et le socialisme dit « utopique » au XIX° siècle. L’œuvre, visant un partage culturel, n’implique pas un activisme à l’égard de l’environnement naturel.

Mais comment la mercatocratie a-t-elle réussi à faire partager mondialement sa passion pour la valeur d »échange ?

Il faut opposer, avec Hannah Arendt, l »œuvre au travail. Le travail répond aux nécessités de la vie et son produit est destiné à être détruit par consommation. De fait, l »activisme marchand s’est développé en généralisant le travail et la consommation. Mais une telle activité relève de l »état de nécessiteux. Comment tant d »hommes en arrivent-ils à consumer leur énergie vitale dans le travail-consommation alors même qu »ils sont dans une situation d »abondance de biens ?

L »effet de la domination marchande est insuffisant pour en rendre compte. Il faut solliciter des caractères propres à l »existence humaine pour rendre raison de la fortune mondiale de l’activisme marchand.

L »ontogénèse nous apprend que le premier contact du nouveau-né avec la nature est angoissant. La phylogénèse nous montre la permanence d »un effort d »habitation de l »espace illimité par l »espèce humaine, comme la persistance d »une situation d »exil en cet espace. L »invention technique apparaît alors comme la solution rationnelle que s »est donnée l’humanité pour avoir prise sur son environnement naturel. Mais l »histoire montre que cette maîtrise technique a été régulièrement mise en défaut par les avanies que la nature a fait subir aux hommes.

Ainsi, les rapports de l »homme à la nature doivent être rapportés à un lourd vécu passionnel hérité du passé de l »espèce. C »est par celui-ci qu »il faut rendre compte de l »investissement contemporain sur la technique. Celle-ci a toujours été la réponse par laquelle l »homme s’est imposé dans la nature hostile. Mais, bien plus, depuis la révolution scientifique moderne et l »avènement de la technoscience, elle symbolise le renversement d »un rapport de domination au bénéfice de l »homme.

C »est ainsi que le marchand, passionné de valeur d »échange, a su exploiter le rapport passionnel de l »individu à la nature pour qu’il valorise les marchandises, dans leur différentiel technique, comme des biens qui lui sont vitaux.

Le livre de Pierre-Jean Dessertine « Pourquoi l’homme épuise-t-il sa planète ? » est disponible sur le site de l »éditeur : http://www.aleas.fr

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Compte rendu du café-philo du 27 janvier (suite)

Intervention de Corinne Paiocchi

Depuis la Révolution Française, un certain nombre de femmes se sont battues pour la reconnaissance du droit de vote. Mais il faut attendre avril 1944 pour que, au nom des combats de la Résistance, le Comité français de Libération nationale adopte ce principe. A la fin du XXe siècle se pose un autre problème, celui de la représentation des femmes dans les assemblées élues.

La question de la parité devient dès lors un enjeu des combats féministes. Il aboutit en 2000 au vote d'une loi : une avancée  ? pour certaines oui, pour d'autres humiliant que d'avoir recours à une loi pour être reconnue… le débat déchaîne encore aujourd'hui les passions..

les résultats sont pervers dès qu'il y a scrutin de liste : cela conduit souvent à des difficultés et pour répondre aux exigences de la loi à être choisie non pas pour ses qualités mais par défaut…

sur un plan cantonal ou législatif cela devient plus intéressant car la démarche est volontaire, réfléchi, motivée .. La parité est en ce sens une opportunité à saisir pour celles qui souhaitent vraiment s'engager…

Cette loi sur la parité a été renforcée par des pénalités financières pour les partis qui ne sont pas en capacité de présenter des femmes.

Faut-il aller encore plus loin ? faut-il obliger les partis politiques à respecter pleinement cet équilibre ? difficile de répondre à cette question, on peut toutefois constater que peu de femmes s'engagent encore à ce jour sur leur nom et, dans les régions du sud notamment, il reste encore des idées reçues sur l'engagement politique des femmes.

Quel homme accepte de garder les enfants, préparer le repas pendant que Madame est en meeting, en réunion ou en voyage en raison de ses activités d'élues et souvent en compagnie masculine ? Mais on peut aussi poser la question différemment : quel homme serait fier de voir son amoureuse ou son épouse choisie par une majorité d'hommes et de femmes qu'ils considèrent apte à remplir une fonction d'élue ?

Le problème posé, ayons une pensée admirative pour les femmes qui ont ouvert la voie : Germaine Poinso-Chapuis (Ministre de la Santé en 1947)  Simone Veil (Ministre de la Santé en 1974) Edit Cresson (1ère femme 1er Ministre en 1981) Elisabeth Guigou (1ère femme Garde des Sceaux en 1992) Michèle Alliot-Marie (1ère femme Ministre de la Défense), Christine Lagarde après avoir occupé des postes ministériel est aujourd'hui Directrice Générale du Fond Monétaire International.

Sans oublier Cécile Brunschvicg, Suzanne Lacore et irène Joliot-Curie entrées au Gouvernement du Front Populaire en 1936 et Louise Weiss, Madeleine Pelletier qui ont mené un dur combat pour le droit de vote des femmes reconnu le 21 avril 1944 et il faudra attendre 1965 pour que les femmes puissent ouvrir un compte en banque ou accepter un emploi sans l'autorisation maritale !

Le chemin est encore long mais nos ainées ont été remarquables de courage et de ténacité…

N'oublions pas non plus les « anonymes » les élues municipales qui font un travail remarquable représentent aujourd'hui 47 %  des Conseils Municipaux, ce chiffre descend dès que l'on monte vers des mandats plus élargis et sont souvent freinées par le fameux « plafond de verre »… 18 % de femmes siègent à l'Assemblée Nationale et un peu plus de 20 % au Sénat.

Plusieurs raisons à cela :

– la rareté des candidatures,

– la violence des affrontements dans les campagnes électorales est souvent évoquée,

– la réticence des militants dans les partis,

– la crainte aussi de délaisser sa famille et plus particulièrement leurs enfants…

– le temps à consacrer à cette fonction.

Je rajouterai :

La discrétion, la modestie, la délicatesse, la réserve, la douceur correspondaient à l'image de la mère et de l'épouse telle qu'on la souhaitait.

La femme moderne, décomplexée, affranchie, ambitieuse, parfois en quête de pouvoir, a fracassé cette image de la féminité. La non-différenciation des sexes dans l'espace public est devenue une réalité de l'époque. La féminité et la masculinité, bien malin celui qui peut les définir de nos jours.

Il me paraît difficile d’aller plus loin sur un plan législatif, et ce sont plutôt certains comportements ou visions de la société qu’il convient de faire évoluer. Les droits étant les mêmes, reste à les faire comprendre, accepter et appliquer.

Une crise aiguë de féminisme ? de la frustration ? victimisation de ce monde masculin cruel ?

Non ! rien de tout cela… un simple regard dans le rétro pour se rappeler d'où nous arrivons…et, aujourd'hui quelles sont nos aspirations de femmes dans cette démarche si singulière…

Pas de combat contre les hommes, certainement pas, n'oublions pas que ce sont les femmes qui mettent les hommes au monde ! bon évidemment il faut également un homme jusqu'à preuve du contraire à moins de s'appeler Marie …

L'équilibre, la complémentarité et le respect de chacun tout en gardant sa féminité est sans doute la meilleure façon d'aborder le sujet…

Corinne Paiocchi

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