Compte-rendus Café Philo

Compte-rendus et suite des débats de nos Café Philo

Compte rendu du café-philo du 27 janvier 2012

Compte rendu du café-philo du 27 janvier 2012

Les femmes et la politique

Invitée Corinne Paiocchi

(Avertissement. Comme dans les « comptes-rendus » précédents, je m’efforce de dégager ce qui me semble être la trame philosophique du débat. C’est une reconstruction, mais qui se veut fidèle à la pensée qui insistait sans pouvoir être toujours explicitement formulée).

Après sa présentation, centrée principalement sur la parité homme/femme au plan de la représentation politique (loi de 2001), et après avoir aussi retracé le trajet qui l’a conduite à son engagement politique, Corinne Paiocchi a répondu à une question venant du public, celle de savoir ce que cette expérience lui avait apporté. En dehors des rencontres humaines et de la découverte enrichissante du monde politique (assemblée nationale, comme assistante d’un député), elle a appris , dira-t-elle après, à « encaisser les coups », bref à supporter le désamour de l’autre. Ce point est capital, car il nous rappelle que le champ politique n’est pas idyllique et qu’il est constitué par des rapports de force, de lutte pour le pouvoir, d’affrontements entre partis rivaux, etc. D’où la question sous-jacente : qu’est-ce qu’une femme peut avoir à faire là-dedans ? Question toutefois, qui n’a pas été posée tout de suite, mais qui couvrait de son ombre le débat et qu’il a été très difficile, tant l’idéalisme « démocratique » a de poids, à faire émerger.

De riches et pertinents échanges ont eu lieu, dont, d’abord, celui de la question du langage et de la féminisation des noms (sénateur/sénatrice ? , président/ présidente ? etc.). Si la fonction politique est neutre, pourquoi changer et féminiser les termes ? Mais, justement, répond-on, si c’est neutre, pourquoi garder le masculin ? (bienheureux les anglais !) Faut-il « sexuer », faire apparaître la différence sexuelle, d’origine biologique, dans le politique ?

Cette question nous a conduit à la question de fond, qui, étrangement (ou à ma grande surprise) a créé beaucoup de remous : « Quelle est la nature de la femme ? Y en a-t-il une ? ».

Nous sommes dans des sociétés qui se veulent « démocratiques » et qui conçoivent la démocratie comme exigence d’une égalité radicale et la plus totale possible (c’est l’option historique apparemment choisie pour le long terme).

Deux questions :

1° Comment la démocratie peut-elle gérer et intégrer la différence sexuelle qui est extérieure (au départ) à la société politique ?

2° Selon la Constitution, l’égalité des citoyens est une égalité en droit et en dignité, a-t-on rappelé. La question devient donc : faut-il dépasser ce cadre « formel » et imposer (comme par exemple avec une loi sur la parité qui contraint les partis à faire du un sur deux) une égalité en tout, dans toutes les fonctions sociales ? En d’autres termes : Est-ce que nous voulons construire une société où homme et femme deviennent également interchangeables dans toutes les fonctions sociales (métiers, activités, famille, champ politique, etc.) ? Donc, voulons-nous gommer, neutraliser la sexuation des activités ? Le danger n’est-il pas alors, avec une telle égalité, que les hommes et les femmes deviennent entièrement sans différence, qu’ils ne soient plus autres ? Et, dans ce cadre où l’altérité de l’autre disparaît, qu’en sera-t-il du désir amoureux, sexuel, s’il est bien désir de l’autre ? Cette situation n’engendrera-t-elle pas un désarroi et une misère psychologique ?

Les précédentes questions — qu’on ne peut balayer d’un revers de main, en affirmant dogmatiquement qu’elles ne se posent pas — nous ont conduit finalement et inévitablement à nous demander : est-ce bien une émancipation pour elle que la femme devienne semblable à l’homme, s’identifie à son image ? Le respect de la dignité de la femme exige-t-il nécessairement l’égalité complète et en tout, au point d’être également substituable à l’homme, et de perdre ce qui pourrait constituer sa différence ?

Si l’on hésite à répondre, c’est qu’on veut qu’il y ait distinction et différence. Pourquoi le voudrait-on ? Y aurait-il donc un « propre » ou une « nature » de la femme à préserver ou inventer (ou les deux) ? D’où vient ce propre et qu’est-ce qui le fonde ? Enfin, la question est plus ou moins acceptée par l’assistance comme question, et la thèse différentialiste peut apparaître, alors que jusqu’ici elle a été rejetée. Plus concrètement pour notre sujet : Y a-t-il, ou non, quelque chose comme une politique féminine, une manière propre aux femmes de faire de la politique, celle où les femmes introduiraient des valeurs nouvelles proprement féminines ?

On voit que cette dernière question (très présente chez des auteur(e)s femmes américaines, principalement et, pour faire vite, à partir de travaux de Jacques Derrida, Hélène Cixous, etc.) suppose qu’on cherche à savoir ce que sont des valeurs féminines, ce qu’est la femme en son « propre ». Qu’est-ce qu’une femme ? Cette question — bien évidemment indissociable de celle de « qu’est-ce que l‘homme ? » — a été posée dès le début du débat, mais comme à écarter. Nous la retrouvons, inévitable, en fin de parcours. Le mystère de cette question ouvre pour moi à l’idée que le retrait, la réserve sont peut-être plus nécessaires que jamais en ce moment-ci de la civilisation pour préparer l’invention d’une féminité nouvelle qui entraînerait et le devenir femme (Deleuze) de l’homme, mais aussi le devenir femme de la femme elle-même, car la femme n’est pas plus « donnée » ou définie que l’homme. La femme a à devenir femme, tout comme l’homme (car elle ne l’est pas encore). Ils ont tous deux à se mettre mutuellement en question (la femme abandonnant ses certitudes vis-à-vis d’elle-même, et l’homme aussi) et peut-être à partir de là, pourrait émerger les linéaments d’une nouvelle façon, féminine, de faire de la politique. Une ou des « Politiques de l’amitié » ? (Jacques Derrida, éd. Galilée, 1994).

Philippe Mengue

Samedi 28 janv 2012

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Compte-rendu du Café philo du vendredi 30 septembre

Le café philo présenté par Diane Bertrand, qui répondait au titre :

« Comment filmer le temps au cinéma ? » fut à la foi riche et difficile.

Très riche de par les apports de Diane sur son travail de metteur en scène, sur la fabrication d’un film (les rapports entre cadrage, plan séquence, montage) sur la diversité des rythmes de temporalité selon les auteurs, et aussi par les apports de l’assistance.

Très difficile pour le philosophe. Je vais insister sur ce point.

La philosophie est l’art des questions, des problèmes, leurs inventions, etc. Or, bien plus qu’au début de nos cafés, il nous est de plus en plus difficile d’accéder à des questions, de dégager des problèmes. On assiste à des monologues qui se succèdent sans entrer en débat ou discussion avec les autres interventions, des interventions qui ne font pas problème avec elle-même, ni, surtout, qui ne se rapportent que lointainement à la question du jour. Celle-ci semble aller de soi.

La description, la narration, le compte rendu du travail cinématographique sont absolument nécessaires, mais ils ne pouvaient être suffisants si l’on avait pas auparavant pris la mesure du problème philosophique.

Qu’est-ce qui manquait et qui sur le plan philosophique nous laissait sur notre faim ?

De définir le problème. Le problème surgit quand on tient compte de l’impossibilité de filmer le temps lui-même. On filme des mouvements, pas le temps. Il est indirectement exprimé par des signes et il est construit par le montage qui se rapporte au Tout (ouvert) du film, soit au temps total qu’est le film. Pas de cinéma sans image en mouvement. C’est sa matière. Si donc le temps est réductible au mouvement (ou à sa mesure, Aristote), il n’y a pas de problème. La question est d’emblée résolue : « comment filmer le temps ? », — « eh, bien ! faites des images-mouvements, n’importe lesquelles, c’est à dire du cinéma ». Soit mais c’est plus la peine de faire un café philo !

On a, certains ont bien senti que la question visée était autrement plus difficile que la réponse donnée implicitement (faute d’avoir envisagé le problème), qu’elle était moins décevante et moins banale. Pourquoi ? Parce que le temps est en lui-même invisible. Toutes choses sont vues dans le temps, mais le temps lui-même ne se voit pas (nous, les philosophes modernes, sommes dans une problématique kantienne). Si le temps n’est pas visible, alors on ne peut le filmer. On filme seulement des mouvements. Il n’y a donc pas de présentation directe du temps.

Après une trop grande facilité et banalité qui font disparaître toute question, on est maintenant confronté à un impossible !

Cette question, et cette impossibilité, un seul philosophe les ont pris en compte. C’est pas de ma faute, c’est Deleuze.

J’ai tenté d’en dire deux mots en rattachant de façon concrète ses concepts (dont le très poétique « cristal de temps ») au film de Diane, « L’Annulaire », puis en évoquant le « trop tard » de Visconti dans le « Guépard » (top tard pour le Prince, trop tard pour la Sicile) comme dimension hétérogène du temps vis à vis des présents qui passent (la révolution, Garibaldi, etc.). Dans cette disjonction, bifurcation des deux temps, Deleuze nous invite à voir le jaillissement du temps lui-même.

La science est très importante et d’un grand poids. Mais les scientifiques n’ont pas le monopole du temps. Ceci en introduction pour resituer une partie du débat de hier soir (et aussi passé et sans doute à venir). La science n’a pas le monopole de la pensée et ses conceptions ne font pas loi dans d’autres domaine de la pensée dont l’art et la philosophie. Il peut y avoir échange, emprunts mutuels féconds (comme on l’a évoqué), mais la science n’a aucune souveraineté (sinon la philosophie n’existe plus, comme dans le positivisme). La philosophie reste libre d’élaborer ses concepts d’être, de temps, de réalité… Einstein a inventé le « temps » comme quatrième dimension (pour les besoins de ses problèmes de physique). Très bien. Kant invente un temps « out of join » (hors de ses gonds, Shakespeare), affranchi du temps aristotélicien. Très bien. Deleuze invente le « cristal de temps ».

Pourquoi les créations philosophiques auraient-elles à se soumettre à la science, à moins qu’on n’ait déjà posé en sous-main que La Science est seule détentrice de vérité ? De même le rapport du temps de la relativité avec ses paradoxes a été souvent utilisé au cinéma, de façon plus ou moins intéressante. Très bien. Mais il n’y a là nulle obligation pour le cinéaste de s’en tenir à cette approche scientifique. Le cinéaste, comme tout artiste, invente des blocs de perceptions et de sentiments (comme le « trop tard ») qui sont autant de temps ou de possibilités de présenter directement le temps que, de son côté, le philosophe (Kant, Bergson, Deleuze, pour les modernes) a à construire des concepts nouveaux de temps.

Philippe Mengue, le 1er octobre 2011

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Compte-rendu du Café philo du vendredi 27 mai

Compte-rendu du Café philo du vendredi 27 mai, “Sciences sans conscience … les scientifiques sont-ils tombés sur la tête ?” par Pascal Gehin.

Nous pouvons aujourd’hui affirmer que la terre tourne sur elle-même et autour d’une planète que nous appelons le soleil ;
Nous savons donner un âge à la terre ;

Nous connaissons, approximativement, la durée maximale d’existence que conserve cette planète (soit environ 4,5 milliards d’années) ;

Nous pouvons supposer  avec quelque raison que notre espèce n’a pas été créée ex-nihilo ;

Nous pouvons envisager les moyens, extérieurs à notre  propre action, par lesquels cette espèce pourrait prématurément disparaître  suite à la chute d’un météorite (assez aisément prédictible), à la rencontre avec une comète , à une bouffée de rayonnement gamma (actuellement imprévisible)…mais aussi en vertu de processus biologiques profonds tels que les organismes vivants atteignant un certain poids (mesurable en dizaines de kilogrammes) ne persistent guère que sur une durée mesurable ( tout au plus) en centaines de millions d’années, qu’une croissance démographique trop rapide paraît condamner toute espèce à une disparition brutale…

Nous pouvons, en bref, tenir des propos banaux, qui n’étonnent plus personne et qui, pourtant, nous auraient fait risquer le bûcher il y a à peine plus  il y a à peine moins de  quatre cent  ans ;  (rappelons que le procès de Galilée a été instruit par l’inquisition en 1633, dans la lignée de celui instruit contre Pierre ABELARD par le Concile de SOISSONS, soit en1140, avec comme élément substantiel d’accusation que cet homme voulait «  voir et connaître sans voile »).
Le travail des scientifiques, en tant que personnes recherchant la connaissance, a donc accru notre état de conscience individuel et collectif.

Les scientifiques nous ont également fait rêver, sur le thème de la possible éternité de notre espèce, sur la possibilité que nous aurions de quitter notre planète, notre système solaire, notre galaxie, d’explorer l’univers (dont nous avons aujourd’hui la quasi-certitude certitude qu’il nous restera inconnu .
Ils ont ouvert, à plus court terme, des pistes telles que la souffrance (sinon la maladie ou la mort) pourraient être éradiqués , des perspectives telles que la nourriture de chacun serait aisément assurée par la connaissance et la bonne gestion des ressources etc…

Le scientifique, tel qu’il était présenté dans les années de mon enfance,  avait donc l’aura d’un bienfaiteur de l’’humanité, censé nourrir une population d’hommes de plus en plus nombreuse (ce en allégeant pour chacun l’énergie qu’il devrait investir pour trouver sa nourriture), capable de nous permettre de vivre chacun plus longtemps  et en meilleure santé, capable in fine d’exporter,  certains d’entre nous,  hors d’un minuscule système stellaire directement dépendant  d’une étoile dont nous entrevoyons la fin.

Aujourd’hui les recherches dites « fondamentales « , dont on n’aperçoit pas l’effet sur notre vie quotidienne, ne nous donnent plus aucune certitude ;  les recherches dites « appliquées » sont aujourd’hui sources d’angoisses par leurs effets constatés.

Le savant fou est reconnu, y compris par les amis des sciences, comme un être éminemment agissant et ayant droit de cité…et ceci risque de ne pas s’arranger avec la perspective d’une traduction industrielle de la fusion nucléaire, avec les perspectives encore plus délirantes des chercheurs en Intelligence artificielle, s’investissant dans une possible amélioration des performances bio-technologiques de notre espèce, avec la mise en application (et nous y sommes tous confrontés ) des nanotechnologies,  avec le possible développement d’une « médecine ? » dite  génétique , certes génératrice de brevets, mais seulement fondée sur la  connaissance de 2% de gènes codants et  sur une quasi-ignorance de l’environnement de ces gènes (les gènes non codants étant qualifiés de détritus, les processus de traductions successives  entre l’A.R.N  messager,  l’A.R.N.  ribosomique et l’A.R.N. de transfert étant imparfaitement connus, l’environnement cytoplasmique étant carrément ignorés).

Le débat est aujourd’hui ouvert entre des courants de pensée que l’on présentera ci-après :

  • les partisans d’une science à la fois dure et appliquée, soumise de surcroît à l’obligation d’un résultat économique, se cantonnent  l’ application exacerbée de principes tels que
  • le rationalisme (lequel attribue au seul humain la capacité  de produire des pensées objectives, dans l’espace restreint que serait éventuellement notre cerveau, dans l’espace encore plus restreint que seraient les quelque cerveaux dotés d’une intelligence mathématique)
  • le réductionnisme, qui nous apprend que tout système peut être décrit comme la somme de ses parties, les quelles   peuvent le cas échéant être individuellement améliorées et ré-agencées à loisir,
  • le déterminisme qui prétend, entre autres, que notre connaissance de l’état initial d’un système peut  être assez   complète pour en prédire et en maîtriser l’évolution,
  • un principe de domination auto-légitimisé de l’humain, acquis de la tradition judéo-chrétienne, énonçant  que l’homme a pour pouvoir, sinon pour devoir de « dominer sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail,  sur toute la terre et sur tout les reptiles qui rampent sur la terre (voir le 26 ème verset du  livre de la Genèse),
  • un principe d’utilitarisme, qui veut que toute connaissance, aussi incomplète soit-elle, doive se transformer en actions  et avoir une portée économique, la meilleure recherche devenant de fait celle qui produit le plus grand bénéfice matériel, pour le plus grand nombre peut-être mais surtout pour les classes à un moment donné dirigeantes,
  • Les théoriciens du Chaos ou de la physique quantique, les philosophes des sciences tels que Miguel BENASAYAG, les écologistes dont la pensée est aujourd’hui politiquement reconnue,

ces  individus ne contestant pas fondamentalement la légitimité de la recherche scientifique, énoncent   néanmoins des principes  d’incertitude ( traductibles en principes de précaution)  ou de « non compossibilité »; ils ébranlent  donc fortement l’absolubilité des principes précédemment énoncés, et contestent tout état de cause  leur  prétention à garantir certains objectifs annoncés

  • Des hommes formés aux sciences dures tels que Monsieur Jean CHARON, ayant travaillé dans le domaine précis de la fusion nucléaire (base notamment du projet I.T.E.R. appellent à la réintroduction dans la démarche scientifique d’une  pensée intuitive et holistique.

Et ces personnes ne se réfèrent pas aux moindres auteurs puisqu’ils citent notamment  Isaac NEWTON (1642 – 1727), considéré comme un des pères du rationalisme, lequel écrivait en fait beaucoup plus sur l’alchimie que sur l’optique et la gravitation; lequel écrivait dans son traité d’optique  » je vous présente ici la lumière phénoménale qui apparaît et la lumière nouménale qui est esprit, qui n’est pas encore découverte mais qui joue un rôle essentiel dans le vivant ». 1

  • Enfin des Gourous de tous poils, faisant leur fond de commerce des excès de la science et de l’inquiétude que ces excès suscitent

nous révèlent aujourd’hui de nouvelles vérités auxquelles nous devions croire telles que :

  • l’âme de l’homme pèse trois grammes,
  • elle se situe précisément dans quelque mm3 d’endocarde ou de myocarde, auxquels quelques initiés auraient précisément  accès,
  • la fin du monde interviendra précisément le 21 décembre 2012 ….

Il apparaît donc que la vocation de l’homme à connaître, l’usage qu’il a éthiquement le droit de faire des  connaissances qu’il a acquises, la dépendance du scientifique par rapport à l’économique, posent aujourd’hui une question, pas réellement nouvelle mais à coup sûr exacerbée.
Le temps est à priori fini où nous n’avions plus le droit de chercher, le temps est également terminé où celui qui cherchait pouvait et avait le devoir de  prétendre à un  » tout possible ».
Nous vivons un monde paradoxal où le plus grand nombre d’entre nous utilise, sans même le savoir, des outils issus d’une
recherche au départ fondamentale (voire notre perceuse ou notre sèche-cheveux, réputés nucléaires suivant une célèbre publicité, voire également notre ordinateur ou notre téléphone portable)…

alors que d’autres, relativement plus instruits  de la démarche scientifique s’interrogent gravement sur les effets et, dans les propos les plus extrêmes, la  légitimité de cette démarche .

En réalité, dans notre monde dit « occidental » nous vivons une crise profonde que l’on ne comprend qu’en examinant les conditions d’émergence de l’ »âge de l’homme », soit de l’âge où l’homme à renoncé à tout centre (le géocentrisme étant aboli, l’héliocencentisme étant invalidé, Nietzche nous ayant fait part de la mort de Dieu, Jacques MONOD et d’autres ayant validé ce faire part).

dans l’âge où l’homme, n’a trouvé d’autre centre que lui-même.

L’évolution de la science appliquée se situe dans ce contexte éminemment anxiogène où il  était devenu possible  et  nécessaire d´être toujours plus nombreux – de vivre plus longtemps et en meilleure santé – de se déplacer toujours plus loin, toujours plus souvent, toujours plus vite –de  consommer plus et  en plus grand nombre – de créer de plus de profits pour nos classes dirigeantes…

La nécessité pour le social de se réapproprier la science et l’économie, qui sont en grande partie liées dés que nous parlons de science appliquée, est donc une priorité  qui a été soulignée lors de cafés-philos précédents.

Il convient d’examiner les moyens par lesquels la relation complexe entre le corps social et la science :

  • soit aboutira à achever le destin de l’homme qui serait de s’éliminer de lui-même, dans un processus sacrificiel, moyennant l’apparition des» monstres » qu’évoquait Antonio GRAMSCI, lequel qui écrivait dans les années 30 :

« L’ancienne époque n’est plus là, la nouvelle tarde à venir, et c’est dans cet entre-deux que tous les monstres apparaissent ».

  • soit permettra la fin heureuse du mythe prométhéen, auquel nous sacrifions  par nos choix ( notamment énergétiques), sachant que le voleur de feu que nous sommes est finalement sauvé dans heureuse fin de ce récit.

Pascal Gehin

Notes :

Il est d’ailleurs à noter que la réaction de scientifiques tels que Jean CHARON, contre les insuffisances et les intolérances de leur propre discipline, débouche sur des propos tels que
« Jacques MONOD, Jean ROSTAND et tous les rationalistes se sont lourdement trompés. si lourdement que je les qualifie de chercheurs à vue courte. Et encore, si je dois marquer un doute, c’est sur le qualificatif de chercheurs qui leur était attribué »
.
(Rappelons tout de même que Jacques MONOD a co-reçu le prix NOBEL de médecine en 1965 pour ses travaux sur l’ARN messager).

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