COMPTE RENDU DU CAFÉ-PHILO DU 12 MAI 2010

Café philo du mercredi 12 mai au Grégoire portant sur LE JAZZ EUROPEEN PEUT-IL TUER LE « PÈRE » ?

Le compte rendu de J. Martin Videcoq :
http://seulsdanslecosmos.hautetfort.com

Le compte rendu de P. Mengue

Invités :
Armand Meignan – directeur-fondateur de l’Europajazz au Mans, président de l’Afijma (association des festivals innovants en jazz et musiques actuelles), directeur artistique des RDV de l’Erdre à Nantes
Jean-Alain Cayla – maire de Buoux, grand connaisseur du jazz
Philippe Porret – psychanalyste

Après une introduction très fournie, montrant l »existence et le dynamisme d »un jazz européen, la question s »est naturellement posée de savoir si ce dernier pouvait prendre la place du jazz américain. La question semblait tranchée pour Armand Meignan, qui connaît la créativité contemporaine européenne et l »accueille dans ses festivals.

A travers de nopbreuses interventions souvent très érudites et pertinentes il est apparu qu »il fallait se mettre d »accord, cependant, sur ce que l »on entendait pas Jazz, puisqu »il était possible que dans le prolongement du jazz américain on ait affaire à une création originale et nouvelle qui n »entretienne plus avec le jazz qu »une ressemblance superficielle.

Jean -Alain Cayla a alors proposé trois critères ou traits caractéristiques:

1)le swing

2)improvisation,

3)des standards qui font référence et que l »on peut reprendre dans une variation et qui font lien, écho.

Alors, par rapport à ces trois critères, doit-on parler de rupture (meurtre) ou de continuité ?

Philippe Porret rappelle que pour Freud il y a comme deux modèles de « meurtre du père ». Le problème qu »il se pose, à travers la paternité est celui du lien social. 1) le faux, celui du despote de la horde primitive, dont le meurtre ne fait pas lien si celui qui le tue prend simplement sa place pour faire ce qu »il faisait auparavant. 2° Il faut, pour que le meurtre fasse lien, que les fils en tuant le père, s »engage à laisser la place vide et se soude autour d »un interdit à respecter (interdit de l »inceste).

Appliqué à notre thème, la question fut de savoir si la substitution du jazz européen permettait d »aller plus loin, de faire autrement et de renouveler le jazz par des inventions propres, tout en conservant l »écho d »une souche ou un socle commun permettant de dire qu »on a affaire encore à du jazz. De nombreux exemples fournis par Armand et les participants, ont permis de voir la complexité et la nécessité de distinguer au cas par cas.

Dans la suite du débat on a pu mesurer le poids du trauma qu »a été l »esclavage dans l »histoire du jazz. Ph. Porret a parlé du « capital de douleurs » qu »il portait en lui, et que peut-être cette lointaine naissance a toujours été implicitement présente dans les nouvelles formes du jazz. On a pu aussi souligner combien l »histoire du jazz ressemblait à son style musical fait à la fois de déterritorialisation (de la terre africaine, puis d »Amérique ne Europe) et de reterritorialisation sur des codes, des standards, un style. D »un côté, celui de l »histoire, errance et greffe de sources musicales hétérogènes (sa source est elle-même faire d »une telle hétérogénéité, chant africain, instrument de musique européen, chant religieux chrétien, etc.) et, de l »autre, celui de la mélodie, on a des lignes musicales qui improvisent et se balancent, partent et reviennent, s »élancent dans des variations et des métissages, s »hybrident avec des musiques voisines …

Le concert du soir avec Christian Vander, au piano et à la voix, magnifique.

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