Compte-rendu du café philo du 24 sept

Compte rendu du café philo du 24 septembre 2010

« Rimbaud, fils du soleil et poète nietzschéen« 

Arthur Rimbaud, 1854-1891, meurt à 37 ans. Poète à 16 ans, cesse d’écrire en 1875 à 21 ans. Il part en Abyssinie. Négociant, trafiquant, plus un mot d’écriture, de poésie. Que se passe-t-il ? Y a-t-il deux Rimbaud (s), le poète et le marchand ? Comment penser cette dualité ? N’est-elle qu’apparente ? Rupture ou continuité ?
Jean-Michel Cornu, rimbaldien passionné et renseigné, nous a parlé de sa vie, de l’Abyssinie qu’il connaît parfaitement, du livre qu’il vient d’éditer et qui concerne le grand livre de souvenirs d’Alfred Bardey, son patron, Baar-Adjam (de nombreuses photos et documents, commentés par J.M. Cornu). On vient de retrouver une photo de « Rimbe », impersonnelle, comme son anonymat. Un certain Rambau, est-il parfois nommé.
Comment comprendre ce silence, cette imperceptibilité, lui qui fut le prince des lettres, la comète qui a traversé le ciel des lettres? Comment a-t-il pu déclarer que la poésie était mensonge, imposture ? Témoignage d’un des proches : « Je lui ai demandé quelque fois pourquoi il ne les continuait pas [ses travaux littéraires]. Je n’obtenais que ses réponses habituelles : absurde, ridicule, dégoûtant… »

Dégoûtant le mot est fort. La poésie vaudrait-elle donc si peu ? Rien ? Sa vie interroge la fin de littérature, autant qu’en peinture l’a fait Duchamp.
Qu’a-t-il rencontré dans cette expérience limite (Bataille, Blanchot) que fut Saison en enfer ? A quel point de non retour s’est-il confronté pour en donner une réponse qui emporte encore avec elle l’impossible, le silence, l’imperceptible ?
Ce mystère, au café philo, dans la discussion, le mieux que nous ayons fait, fut de le garder, le préserver, surtout des explications psycho-sociologiques, intéressantes mais toujours insuffisantes. Et quand à la manière de Deleuze on a invoqué qu’il avait filé comme un météore, traçant une pure « ligne de fuite » dans un « devenir imperceptible », on n’expliquait ni n’interprétait, on le protégeait des lectures réductrices. La vie est plus profonde que les clichés sur la littérature auxquels nous aimons tant nous raccrocher.
Oui, la vie est plus profonde que n’en a pensé le jour.

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