Introduction au cours sur la croyance

Introduction au cours sur la croyance des 13, 20 et 27 nov 2012

Je prends mon point de départ dans 4 remarques qui ont trait au sens commun et au consensus majoritaire des philosophes, aujourd’hui, leur « opinion moyenne » si je puis dire, ou plutôt ce qu’on leur attribue (faussement) comme tel (les philosophes n’ont pas d’opinion et encore moins une opinion moyenne : ça n’a pas de sens).

Pour le sens commun :
• 1° N slmt il y a distinction entre croire et savoir : souvent une différence de nature plus que de degré : en dehors du savoir tout est croyance, càd opinion.
• 2 ° Mais, en plus, il y a une hiérarchie, une supériorité du savoir sur la croyance : la croyance, l’opinion est, depuis Platon, dévalorisée par rapport au savoir : en dehors du savoir tout n’est que croyance, càd opinion (doxa, même si pour Platon l’orthé doxa, l’opinion droite, joue un rôle positif important).
• 3° La foi, càd la croyance tout court, pour la langue française, la croyance religieuse donc, n’est pas seulement rabaissée comme une simple opinion, mais est tenue, par les « philosophes » modernes depuis les Lumières, comme une simple illusion.
• 4° Enfin, qd cette croyance se dote d’institutions matérielles, — qd donc elle ne reste pas isolée dans l’intériorité d’un sujet, qd dc elle s’extériorise, se pose et se fait reconnaître ds l’espace social, juridique, institutionnel — dc qd la croyance se fait Eglise, ecclessia —, elle suscite méfiance, réprobation, dévalorisation. Depuis quelque temps cette attitude est surtout active à l’égard du christianisme. Oui, Oui, je sais pas vous, vous êtes tolérant. Hum ! hum ! on peut en douter. Oui, oui. J’en veux pour preuve, la moquerie (bonne enfant peut-être, pas vraiment un ricanement ?) la dernière fois, qui a accueilli la référence à Benoist XVI, pape de l’église catholique, et grand théologien. Vous n’auriez pas ri au nom d’un représentant du culte juif et surtout musulman.
—> Donc, ici, je vois le signe que la déchristianisation aura été jusqu’à son terme. Le pape ne suscite plus dans l’opinion majoritaire la colère, la révolte mais la dérision : il fait rire, c’est un clown ou une marionnette.

2 remarques :
a)— ce rire n’a rien de subversif, d’avant-gardiste, de marginal…, comme il l’a pu être au temps de Voltaire : c’est fini, on tire sur un cadavre ; ce rire est donc l’expression de l’opinion majoritaire, courante, stabilisée, comme un « acquis » ; et donc finalement elle est assez conservatrice. S’il devait sur cette question y avoir déstabilisation, ouverture et nouveauté, ce serait plutôt du côté non pas d’un « retour » à la religion, mais du côté d’un questionnement plus positif et plus ouvert, en particulier à l’égard du christianisme. Ce que je ferai, tenez vous bien, avec Nietzsche en conclusion de ces trois interventions.
b)— une question : qu’est-ce qu’un chrétien sans église, et d’une façon générale une croyance religieuse sans un culte collectif ? Sans une inscription historique, sans une « lettre » ?
Pour ma part, je dirai que c’est comme un communiste sans Parti, un écologiste sans Duflot et les Verts !

Bon j’arrête mes soties et avanies, mon propre ricanement, qui n’a pour fonction que de commencer à déstabiliser les croyances les plus répandues aujourd’hui parmi nous, et si je ne faisais pas ça, je me demande bien à quoi servirait la philosophie ! Je ne suis quand même pas là pour confirmer et légitimer des « évidences » qui vont de soi, qui sont le lot commun, et donc ne sont plus inquiétées sérieusement. Faisons donc un effort pour nous déprendre de nos évidences, la religion, le christianisme, les sectes des prêtres, etc.

Reprenons.
On a dc là tout un ensemble complexe, fait de jugements et d’institutions, rabaissant la ou les croyances au profit du savoir, de la science, ainsi que toute une hiérarchie entre les croyances religieuses elles-mêmes, selon celles qu’il n’est pas de « bon ton » de moquer ou caricaturer et celles avec qui il est de bon ton de taper dessus sans vergogne (héritage de 1789 ?), la plus honnie étant le christianisme, le mouvement ayant commencé à la Renaissance, s’étant largement développé et répandu avec les Lumières et culminant avec Nietzsche et L’Anté-Christ.
(Tiens, par comparaison et pour faire concrètement sentir cette inégalité de traitement, allez donc écrire aujourd’hui, dans la veine de Nietzsche L’Anté-Mahomet ! non seulement vous subirez des menaces et des représailles, comme ça arrive à certains, mais surtout vous aurez la presse et les médias d’Etat contre vous. Ils ferons un chantage du type : c’est aps bien vous sitgmatisez ! ». Moyennant quoi, il n’y a plus de pensée critique possible.

Pb : Et pourtant, rien de plus étonnant q cette hiérarchie :
= Si toutes les croyances sont des croyances, elles sont toutes égales entre elles, elles se valent toutes. Or, il y a visiblement hiérarchie dans l’opinion, il y en a qui sont « plus égales ».
Si donc toutes les croyances ne se valent pas, qu’est-ce qui permet de les hiérarchiser ?
Cette question est une seconde fissure (ou contradiction) dans l’état de l’opinion moyenne, dominante : au nom de quel savoir faire la hiérarchie et, si ce n’est pas un savoir qui fait le tri, alors c’est une opinion comme une autre et elle n’a aucun droit pour faire la hiérarchie en question.

Vous avez compris l’objectif général de mes 3 interventions. Il est de revenir sur ce conglomérat d’opinions et d’affects qui tient lieu de bien-pensance dans les milieux informés, dits cultivés, dits savants ou philosophiquement « éclairés », « éveillés » et donc supérieurs.
-—il y a une arrogance du savoir
— un rabaissement de la croyance religieuse
— un mépris du christianisme et du catholicisme (qd ce n’est pas de la haine ds certains milieux),
qui forment un bloc solide, consistant et dominant.
C’est donc ce bloc d’opinions et d’affects q je voudrais donc fissurer, car actuellement c’est ce bloc qui passe pour philosophiquement légitime et politico-médiatiquement correct. Ce bloc est en réalité, et j’espère qu’il apparaîtra ainsi au terme de nos entretiens, une sorte de durillon qu’il faut au sens freudien analyser, rendre plus fluent, coulant.
= une sorte d’enkystement qui s’est fixé et durci et qui par là empêche toute ouverture nouvelle de la pensée, dans la pensée française et même européenne. Il se fait passer pour :
— progressiste alors qu’il n’est en réalité devenu qu’une crispation de la pensée, un rétrécissement
— contestataire, subversif, alors qu’il est devenu un rouage, un instrument chargé de véhiculer (et d’être entretenu par les média d’Etat, par la pensée officielle) et de faire avancer le ravage culturel et le désastre politique et spirituel liés à la mondialisation, càd aux puissances qui aujourd’hui dominant la terre.

Annonce du plan

Pour commencer la « déconstruction » de ce bloc, je vais revenir d’abord à Kant et au travail conceptuel qu’il a élaboré autour des thèmes opinion, croyance et savoir. Je me réfère à un passage célèbre de Critique de la raison pure (CRP), appartenant à la Méthodologie, que je vais commenter avec un peu de soin. Je m’aiderai de divers auteurs parmi les philosophes français contemporains les plus importants, les plus en pointe comme on dit dans les média, de Derrida à Deleuze, et vous verrez que les « réactionnaires » ou « révisionnistes » ne sont pas ceux que l’on pouvait « croire ».

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