« Préparation à un débat public sur la souffrance au travail »

À qui profite la souffrance au travail ?
(Introduction à un futur débat)

— La Q n’est pas : en quoi consiste la souffrance au W ? Quels sont ces traits , caractéristiques ? Sont-ils psychiques ? Y a t-il une souffrance psychique ? On le dit, c’est possible, elle est réelle, mais quel rapport avec le W ? On semble supposer un lien direct : c’est ce qui est à voir, justement.
— La Q : on demande, on interroge le profit de cette souffrance donc on : affirme qu’il y a une souffrance
qu’elle est liée au travail
et qu’elle profite
qu’elle profite à qqn

I – On affirme, on sous-entend, que la souffrance a une raison d’être : elle n’est pas sans raison, sans sens, absurde.

1° Elle rapporte, elle fait profiter
2° Elle rapporte à qqn, le profiteur

Premier schéma : elle profite à qqn qui tire de l’intérêt, des revenus, de l’argent non de la souffrance directement mais du travail qui se fait en souffrant,
L’exploiteur, le capitaliste. C’est à lui que ça profite.
Abolition du capitalisme et de la souffrance au travail. CF MARX

Donc question : y a t-il encore travail si pas souffrance ? quelle est l’essence du travail ?
Étymologie : travail => Trépalium : instrument de torture.
Où est la « torture » aujourd’hui ?
A — Il y aurait « vol » des heures, du temps
B — durée du temps de travail : 32, 35 ou 39 h ; Heures supp, etc.
C — Il n’est pas « libre » ; Il est contraint : On ne décide pas de ce que l’on fait , on le fait pour un ou des autres
=>  : contre la liberté : dc souffrance qui s’appelle aliénation
Q : Y a-t-il comme le sous entendu de la question le laisse penser : un responsable à qui tout cela profite ? Ou bien y a t il un part de travail aliénant, à tout jamais, lié au fait que c’est « du travail » … qu’il faut « bosser » ?
Une société sans travail est-elle possible ? Une société politique sans contrainte, hiérarchie et dc inégalité  ?
Même sans « le » capitaliste à qui cette « souffrance » est censée profiter, n’y aura-t-il pas encore contrainte, pouvoir, travail souffrant ?
Une communauté libre, sans travail, ni contrainte, le communisme, relève-t-elle pas de l’utopie ? Il le semblerait.
Vivre sans rien faire ? ou sans faire en souffrant ?

Deuxième schéma : elle est une punition.
On envisage maintenant la souffrance en elle-même et on en fait une punition. Tu soufres parce que tu as mal fait, mal agi : tu as péché.
Version moderne supportable par less laïcs républicains : Prcq tu as déréglé les équilibres naturels.
Tu as péché ou fauté contre l’ordre et la loi sacrée qui est celle de la Terre et sa survie, etc…

LOI :
Il semble qu’Il n’y ait qu’une réponse qui ait été donné à la question :
Quelle est le sens de la souffrance ? : Elle est une punition.
LE TRAVAIL AUSSI : ainsi que l’enfantement dans la douleur
Cf la Bible, Génèse
Ce sont des mythes, mais avouez, c’est assez bien vu !
Pourquoi toute cette souffrance avec les guerres ??Si deus est unde malum ? (= si dieu est d’où vient le mal ?)
Une seule réponse : tu es puni. Dieu est sauf. Il n’en tire rien.
La souffrance profite à toi même pour expier tes péches
Souffrance rédemptrice : cf les grands russes, Dostoïevski.

Autre Q : Y a-t-il, et à quelles conditions, peut-on penser une souffrance qui ne soit pas une punition redemptrice, une souffrance qui ne serve pas comme moyen à autre chose qu’elle même ?
Oui, il y en a : mais la réponse est vicieuse.

Troisième schéma : La souffrance est une punition mais elle fait jouir par elle-même. Elle est jouissance soit pour celui qui la reçoit soit pour celui qui l’inflige.
C’est la rétorsion sublime au CHRISTIANISME, à la thèse de la souffrance comme punition : oui, la souffrance est une punition, MAIS ELLE EST UNE RÉCOMPENSE CAR ELLE FAIT JOUIR !
La jouissance profite à celui qui l’inflige ou à celui à qui elle est infligée, sous forme d’un extrait de jouissance, une prime de jouissance
SADISME ET MASOCHISME
— Elle est voulue par un autre qui l’impose comme souffrance (et non cm conséquence involontaire du travail ou comme punition ) prcq cette souffrance le fait jouir.
Si elle est voulue, si elle est imposée c’est donc qu’elle fait jouir un autre, sinon elle serait sans raison. Or tout a une raison d’être. Donc la jouissance comme plaisir spécifique pris à la souffrance doit être posée.
Le maître sadique, le tourmenteur, la maîtresse, sont les nouvelles figures qui remplacent le capitaliste, le punisseur comme juge et bourreau ou rédempteur , et tout cela à la fois, le plus souvent.
— Ou bien fait-elle jouir celui qui la ressent ? Pourquoi jouit-il de sa souffrance ? N’y a t il pas encore UN RACHAT sous jacent ? etc.

La souffrance profite à celui qui souffre.
Il y a une plus valeur de jouissance un plus de jouir. Lacan.

II – la souffrance ne profite à personne ; Elle n’ a aucune raison d’être.

La question est refusée en raison de son caractère idéologique : elle tente de masquer le Réel ultime, la béance du non sens, elle est faite pour RASSURER
Si on peut accuser qqn, le capitaliste ou le juge, … ça rassure : on a un coupable !
Question vicieuse donc.
La souffrance est liée à l’existence et elle est sans raison comme cette existence même.

OBJECTION : dans ce cas ON NE PARLE QUE DE LA SOUFFRANCE AU TRAVAIL.
Soit. Mais tout le PROBLÈME est de savoir comment les distinguer ?
Est-ce du travail dont on souffre ou de la vie ? Ou de sa famille ? ou de son mari ? De sa névrose ?
Etc.
Les pathologies mentales et les souffrances qui leur sont liées ne sont pas dûes au travail et au travail seulement ; il en rajoute peut-être, etc.
Tous ne sont pas dans la souffrance au travail ; pour le même travail souvent en plus … Il y a des travailleurs heureux et heureux de travailler : des artisans, des paysans, des enseignants, des prof libérales, des médecins, etc., des employés qui aiment leur entreprise ou leur patrons …
Alors quelle est la part de la causalité qui revient au travail dans la souffrance ?
Elle est ressentie au travail mais elle vient d’ailleurs.

Si  le travail contraint est lié à l’existence politique de l’homme il ne profite à personne et il faut se guérir nous-mêmes de cette souffrance, sans doute la plus lourde et la plus déterminante dans cette souffrance au travail ou attribué à lui.

De quoi souffrons nous ?
Nous souffrons tous et nous souffrons de devoir mourir aussi. Pourquoi avoir vécu ?
De quoi souffrons nous ? D’être abandonné dans l’Univers. Pascal.
Abandonné au non sens radical et sans dieu sauveur, sans père.
D’être tout nu, fragile, comme un petit enfant qui vient de naître et pleure.
Cette situation ns ne la quittons jamais : nous souffrons, nous souffrirons éternellement même si on est dans la société communiste où le travail ne sera plus exploité, aliéné (si c’est possible).
Nos joies sont toujours sur fond de désolation et d’abandon et c’est pourquoi nos joies nous font pleurer.
Nous souffrons : D’être seul
Et que la communauté, le communisme, soit impossible
=> Réponse finale : nous souffrons surtout de ce que notre souffrance soit inutile, qu’elle ne profite à personne :
Pas même au capitaliste ; Pas même à un dieu sadique car il n’y a pas de dieu. Elle sans raison absolument.
= L’hm est une souffrance inutile (« passion » dit Sartre)

VŒU : Ah ! si elle pouvait au moins profiter à qqn ! elle ne serait pas inutile, absurde ! (Camus).

Pour le moment, on n’ a trouvé que ça, nous n’avons trouvé qu’un méchant capitaliste qui donne un travail aliéné, qui fait souffrir, qu’ une maîtresse avec des bottes en cuir, une fourrure et un fouet, une Wanda, pour donner une raison à notre souffrance, pour nous faire jouir de notre souffrance, à moins que nous tombions sur un sadique qui fera qu’il y aura au moins une personne ou un groupe, une bande ou même un « dieu suprême en méchanceté » à qui ça fera plaisir ! et ainsi la souffrance aura encore acquis un sens

On voit toute l‘inventivité de l’animal humain pour trouver un sens à sa souffrance et à l’existence du mal ; on pourrait se réjouir de cette inventivité mais finalement il n’y a que trois ou quatre solutions, comme on vient de le voir.
Désolé du peu. Mais on a trouvé que ça. Vous en avez une autre ?

QUESTION FINALE : Pouvons nous inventer autre chose pour donner sens à la souffrance et qui ne soit pas un sens dérisoire ?
Boire du vin, fumer des pétards, « s’enivrer » (Baudelaire) de toutes les façons, de poésie et d’art, de religion et de foi ?
Oui, mais ces formes d’oubli, laisse le pb intact.
Le pb est oublié et les formes d’oubli, d’enivrement, sont justement là pour l’oublier, masquer que la souffrance ne sert à personne.
Le Christ vous dit : le seul sens de la souffrance n’est pas de l’ôter mais de la soulager dans autrui, ton prochain, le plus possible. Agapé, amour de charité. La souffrance retrouve un sens : elle est punition du péché et aussi objet à soulager pour celui qui souffre. Sœurs de la charité de Jésus, consacrés aux malades et aux mourants, ça vaut peut-être mieux que de faire la maîtresse pour un Séverin romantique et exalté qui réclame du fouet et de la fourrure !

Je me replie vers ma solution de toujours (préférée) celle de :
Nietzsche -Dionysos  qui nous dit que nous sommes déjà, dès maintenant, dans le royaume des cieux, « en te basileia tôn ouranôn »
Le tragique gai, càd qui ne nie pas la souffrance, qui ne cherche pas à la faire disparaître à terme dans une vision idyllique de la société, iréniste, mais qui l’assume, la prend en charge en tant que composante de l’existence, par amour pour la vie : voilà ce qu’il a inventé, dit-il. Dionysos.
Nietzsche veut guérir ceux qui souffrent de la souffrance et qui pensent qu’elle n’est pas « morale » et qui donc accusent, veulent se venger, désignent des coupables de leur souffrance ; désignent des PROFITEURS (pr se venger, salaud de riches) Ces derniers, les réactifs, en souffrent d’autant plus qu’ils croient au paradis à la fin de l’histoire, ont des visions utopistes d’un monde sans guerre, sans violence, sans effort, sans autorité ni hiérarchie.
La souffrance aimée, voulue et exaltée dans son injustice même, par amour de la vie même, dans la joie jusque dans sa composante non morale, immorale… : n’ est-ce pas trop, encore humain ou déjà surhumain ?

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