Universalité et droits de l’homme

Universalité et droits de l’homme par Hillel Feuerweker
Mais quels sont ces droits de l’homme ?

Universalité des droits de l’homme :
Mais quels sont ces droits de l’homme ?

Dans son préambule, la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 affirme le principe « des droits naturels, inaliénables et sacrés » et ils sont énumérés à l’article 2 :« Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la Liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression. »

Nous pouvons constater que ces droits sont biens restrictifs par rapport à ceux que nous connaissons aujourd’hui.

Et le passage des 17 articles de la déclaration de 1789 aux 30 articles de celle de 1948 indique une montée en puissance de ces droits.

Et vont suivre un chapelet de chartes, traités, conventions, protocoles qui viendront suppléer aux nouvelles avancées politiques, sociales, économiques et qui n’avaient pas encore été énoncés précédemment, vont apparaîtrent jusqu’à l’an 2000.

La caractéristique de la déclaration c’est qu’elle est déclarative c’est une opinion morale et ce n’est que lorsqu’elle est inscrite dans la constitution et à fortiori dans la législation qu’elle a force de loi. Mais dès que les états se sont emparés des droits de l’homme pour en faire un outil législatif et avec raison, c’est à partir de là que sont apparues des dissension notamment dans leurs applications et restrictions.

C’est dans le passage de la morale déclarative aux droits des états qu’apparaissent des difficultés puisque des restrictions au droits et libertés peuvent apparaître sous différents prétextes.

Un glissement sémantique terrible va apparaître dès le XIXè siècle qui révèle la réalité historique qui a accompagné ces déclarations.

Si la référence à la notion de droit naturel et à la raison pour l’universalité emprunté aux philosophes du XVII e et du XVIII è siècle, la notion d’universalité en tant que substantif va se transformer en un verbe actif et on va universaliser c’est à dire que l’on va rendre universel ce qui ne l’était pas, et cela manu militari comme l’ont illustrées les conquêtes napoléoniennes et coloniales un peu plus tard.

C’est en fait à partir des années 60 avec l’effritement des empires coloniaux que des contestations de l’universalité vont apparaître.

L’esclavage avait en apparence été réglé avec son abolition en 1848 et la guerre de sécession aux états unis d’Amérique.

Deux revendications majeures vont apparaître :

Le droit des peuples 1976 à Alger et le droit des femmes1980. Voir les chartes.

L’émergence des pays émergeant va faire surgir des visions de l’homme qui vont être différentes.

Les pays nouvellement crées devant l’acquisition de la liberté collective vont avoir du mal à reconnaître la liberté individuelle, et même si elle est reconnue elle est vécue comme secondaire.

Et ici même chez nous la remise en question de l’humanisme va remettre en question la notion d’universalité, avec l’expression « les droits de l’hommisme »

Pour la Chine (constitution) c’est la question du patriotisme, au prix de la vie, qui va être la clef de voûte du système.

Pour la charte Africaine (OUA 1981) c’est la famille et la morale voir la tradition ancestrale et de fait la condition de la femme et (ce qui n’est pas mentionné mais plus que toléré, les atteintes à sa possibilité de jouissance sexuelle par l’ablation de son clitoris), qui va être la clef de voûte du système.

Pour la Charte Arabe ou Musulmane (1981-1994) ce sera l’évocation de Dieu dans le préambule, le code de la famille et la condition de la femme comme mineure sous tutelle et la peine de mort pour relaps ou adultère, même pour un ou une mineur.

Pour les droits fondamentaux, ce n’est pas le droit de propriété dont l’universalité est mise en cause, ni le droit de sûreté, ni le droit à l’insurrection , et qui sont tous affirmés dans toutes les nouvelles chartes.

Il en va de même pour les droits économiques et sociaux.

Ce qui reste, c’est la remise en cause du droit de liberté individuel.

Qui est lié au statut de la femme, à la liberté ou non de croyance, la liberté pure et simple de l’individu.

Et que le traité des droits fondamentaux Européen vient de confirmer aujourd’hui.

Il suffit de penser qu’il y a à peine 200 ans nous étions nous même dans une situation beaucoup plus catastrophique vis à vis des droits et liberté pour ne pas prendre ombrage de la situation actuelle dans une grande partie du monde.

La contestation de l’universalité de la liberté individuelle nourrit bien des enjeux pour demain.

Elle nourrit une partie des revendications dans notre société.

Pour ce qui est de la réalité, les trois quarts de l’humanité sont assujettis à cette vision du monde.

Voir la commission des droits de l’homme à Genève ou la majorité est menée par les différentialistes sous la présidence de la Libye, qui bataillent bec et ongles pour faire passer leur point de vu.

Et l’an prochain les coups de boutoirs de Durban II.

Personnellement en tant que « droit de l’hommiste » assumé, je ne vois pas ce qui m’empêcherai de continuer à soutenir l’universalité du droit individuel pour tout le monde, tout en sachant qu’il n’est pas universellement répandu, mais comme le dit Emmanuel Levinas dans « imprévus de l’Histoire » « l’universalité est l’Omega de la moralité, elle n’en est pas l’Alpha.

Et si l’universalité n’est pas une réalité, c’est un objectif, c’est un Idéal à atteindre. »

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